Vignette Point sur FPC

Alors que les séances de négociation sur la formation professionnelle sont en cours, le Céreq publie une série de fiches synthétiques et thématiques qui reviennent sur certaines des questions clés de cette réforme.

A partir de travaux déjà publiés, ou des derniers chiffres disponibles issus de l’enquête européenne CVTS5, ces fiches permettent de préciser, de clarifier, et parfois d’interroger les constats formulés et les pistes d’évolution envisagées.

 Les deux premières portent sur la formation des salariés des petites entreprises.

 

N°1 - Faut-il favoriser la formation dans les petites entreprises ?

Les dernières données sur l’accès des salariés à la formation confirment les inégalités habituellement observées en fonction de la taille des entreprises. Si 48 % des salariés ont suivi une formation en 2015, cette proportion s’échelonne de 25 % dans les plus petites à 63 % dans les plus grandes (cf. illustration 1). C’est sur ce constat que pouvoirs publics et partenaires sociaux s’appuient pour appeler à un effort de formation accru dans les TPE/PME.

 

 

Or, cet indicateur, incomplet, ne reflète pas les spécificités de ces entreprises en matière de formation. Leurs dépenses sont notamment plus irrégulières et témoignent d’un lien plus fort à l’activité économique et à l’évolution des marchés. Quand elles signalent des obstacles, le coût des formations paraît très secondaire.

 

L'effort de formation dans les petites entreprises, un lien plus marqué à l'activité

Si les entreprises de plus de 50 salariés ont un comportement stable dans le temps vis-à-vis de la formation, les petites sont plus irrégulières. Seules 45 % des entreprises entre 10 et 20 salariés les forment tous les ans (cf. illustration 2). Pour les autres, le besoin de formation n’est pas systématique et régulier, mais constitue plutôt une réponse à une dynamique économique. Autrement dit, les petites entreprises auraient une vision plus instrumentale de la formation que les grandes. Elles formeraient avant tout lorsqu'elles estiment en avoir besoin.

L’effort de formation des petites entreprises est d’autant plus fort qu’il s’inscrit dans une dynamique d’amélioration, de développement ou de réorientation de l’activité : 84 % des petites entreprises sont formatrices lorsque leurs dirigeants ont pour objectif principal la réorientation de l’activité ou un nouveau positionnement sur le marché. Seules 56 % sont formatrices lorsqu’il s’agit essentiellement de maintenir l’activité (cf. illustration 3). La mesure du retour sur investissement est par ailleurs une spécificité des petites entreprises. Elles sont parmi les plus nombreuses à déclarer évaluer l’impact des formations sur leur performance économique (22% des entreprises formatrices de 10 à 49 salariés contre 19 % de celles de 500 salariés et plus).

A lire : Les PME s'intéressent de plus en plus aux effets de la formation, Delphine Beraud, Bref n°330, 2015

Les formations obligatoires représentent une part importante de leur budget

L’irrégularité de l’effort de formation des TPE/PME pourrait aussi correspondre au cycle du renouvellement des formations destinées à se mettre en conformité avec la réglementation. En moyenne chaque année, les obligations en matière de formation pèsent davantage sur le budget des petites entreprises que sur celui des plus grandes : près de 20 % des premières y consacrent la totalité ou presque de leur budget formation (cf. illustration 4).

A lire : Les formations obligatoires en entreprise : des formations comme les autres ?, Delphine Beraud, Bref n°350, 2016

Pourquoi les petites entreprises forment moins ?

Pour expliquer qu’elles ne forment pas, ou qu’elles limitent leur effort, les entreprises invoquent avant tout l’absence de besoins et le manque de temps.

L’absence de besoins en formation continue est la raison la plus fréquemment invoquée : 75 % des entreprises considèrent que leur personnel possède les compétences nécessaires et 54 % que la stratégie privilégiée est de recruter des personnes ayant les qualifications et compétences requises (cf. illustration 5).

Elles sont en outre la moitié à déclarer préférer mettre la priorité sur la formation initiale, notamment en ayant recours à l’apprentissage ou en recrutant des salariés déjà formés, quand ils existent. Le temps est une ressource qui fait souvent défaut : 62 % des entreprises considèrent que la charge de travail est trop lourde et que le personnel manque de temps pour se former. Loin derrière l’absence de besoin, le coût financier des formations n’est évoqué que par 2 entreprises sur 5. 

Ces résultats globaux masquent une hétérogénéité entre les petites entreprises, au sein desquelles deux groupes ont pu être identifiés. Le premier concerne les entreprises « non réceptives » à la formation continue. Elles sont souvent soumises à des contraintes extérieures qui ne favorisent pas, voire qui occultent, toute réflexion sur la formation de leurs salariés (charge de travail, changements structurels conséquents...). L'absence de formation peut alors être préjudiciable aux salariés, dans un moment où leurs compétences pourraient avoir besoin de s’adapter ou d’évoluer.

Un autre groupe est formé d'entreprises plus « réceptives » à la formation continue. Elles y ont recours pour s’adapter à de nouvelles technologies, de nouveaux produits ou de nouvelles organisations. Toutefois, la formation n’est pas le seul mode d’adaptation des salariés car elles peuvent privilégier d’autres modes de gestion des qualifications et compétences de leurs personnels (recrutement de jeunes en contrats de formation en alternance, recours au marché externe).

A lire : Variété des politiques de formation continue dans les petites entreprises, Isabelle Marion-Vernoux, Bref n°310, 2013.

Les obstacles à la formation dans les PME en France et en Europe, Agnès Checcaglini, Isabelle Marion-Vernoux, Education Permanente, n°182, 2010.

Ces résultats interrogent l'efficacité des seules incitation financières pour amener à plus de formation dans les PME. D’autres formes d’accompagnement et d’intermédiation, mieux adaptées, pourraient néanmoins favoriser l’accès à la formation des salariés de ces entreprises. Elles seront abordées dans la fiche n°2.

A lire : Le dispositif d'enquête Defis, un nouveau regard sur la formation en entreprise, Jean-Marie Dubois, Isabelle Marion-Vernoux, Edmond Noack, Bref n°344, 2016

 

 

 

 

 

 

 

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