Compte rendu du Séminaire de recherche du 9 juin 2016

 

Former des individus  « entreprenants » : un modèle éducatif pour faire face à la crise ?

 

La seconde partie de ce séminaire de recherche a été consacrée à l’exposé, puis à la discussion, de la note de synthèse de C. Verzat et d’O. Toutain intitulée « Former et accompagner des entrepreneurs potentiels, diktat ou défi ? » parue dernièrement dans la revue Savoirs (2016). Alors que l’angle d’approche était résolument sociologique, voire politique, en matinée à partir de la présentation par Lucie Tanguy de son ouvrage Enseigner l’esprit d’entreprise à l’école. Le tournant politique des années 1980-2000 en France publié à La Dispute (2016), le parti pris des deux auteurs a été cette fois d’interroger l’émergence de l’ « éducation entrepreneuriale » selon une revue de littérature en économie, gestion et sciences de l’éducation.

Après avoir présenté une grille de lecture historique de la genèse de l’éducation entrepreneuriale, ils ont centré leur propos sur l’émergence d’un nouveau métier ; celui des accompagnateurs en entrepreneuriat.

La discussion qui s’ensuivit a été stimulante à plusieurs égards. En premier lieu, elle a souligné le caractère épistémologique du travail des auteurs qui montrent comment la connaissance scientifique sur l’éducation entrepreneuriale s’est établie à partir de plusieurs théories en économie de l’entreprise et en sciences de gestion sur le management, pour finalement se constituer en champ à part entière par un rapprochement opportun avec les sciences de l’éducation afin de mieux appréhender la psychologie des comportements des adultes en formation et les compétences mobilisées par les apprenants. Cet itinéraire singulier permet à ce champ de bénéficier d’un corpus particulièrement riche de connaissances empruntant à diverses filiations de recherche sur l’entreprise et la formation. En second lieu, la discussion s’est plus spécifiquement orientée sur la nécessité de procéder à une analyse des accompagnateurs à l’entreprenariat, nouvelle catégorie de travailleurs sur autrui, en recourant aux apports de la sociologie des professions. Quelle description peut-on faire de leurs activités, de leur rôle, de leur statut ? A-t-on affaire à une nouvelle forme d’activité professionnelle, à un métier à part entière ou à une profession en voie de construction ? Quel type de savoirs dispensent-ils et sous quelles formes, dans quels lieux ? Quels rapports entretiennent-ils avec des professions voisines ? Quelles sont leurs caractéristiques sociales ? Où et comment ces professionnels sont-ils formés ? Quel est le rôle de l’expérience et de la formation dans l’acquisition de leurs connaissances professionnelles ?

Toutes ces questions restent bien évidemment encore ouvertes par manque de données empiriques, mais elles attestent de l’intérêt de faire cohabiter dans la recherche des approches pluridisciplinaires, en l’occurrence ici en sciences de gestion, en sciences de l’éducation et en sociologie.

 

Emmanuel Quenson, directeur scientifique, Céreq.

 

Voir la vidéo de l'intervention de C. Verzat et d’O. Toutain durant le séminaire.

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