« Comment font-elles pour supporter ça ? »

 

Depuis quelques années, les différentes études abordant le thème de la discrimination ont porté essentiellement sur la question de la mesure - objective - des écarts de situations entre un groupe supposé discriminé et un groupe de référence. Le présupposé est que le groupe porteur d'un stigmate fait face à des traitements uniformément discriminatoires. En nuançant cette approche à partir de l'enquête Génération, les chercheurs du Céreq ont démontré que près de la moitié des jeunes femmes (46 %) apparaissent effectivement concernées par une discrimination salariale. Pour autant, dans cette même enquête, les jeunes femmes ne sont que 17 % à considérer avoir subi, au cours de leurs débuts professionnels, une discrimination de quelque nature que ce soit lorsqu'elles sont interrogées directement sur le sujet. Il semble donc qu'il y ait un certain décalage entre une mesure normative de la discrimination et le ressenti de celle-ci par les jeunes femmes... 

 

La discrimination par rapport au fait d'être une femme apparaît  chez beaucoup des jeunes femmes  rencontrées, lors de l'enquête,  comme une donne avec laquelle il faut compter dans son évolution professionnelle. Ce premier type de rencontre avec la discrimination n'est pas vécu avec surprise. Il relève d'une prescience, d'un savoir - plus ou moins conscient - d'être inscrit du mauvais côté de la relation de domination qui traverse largement le corps social, du simple fait qu'on arbore telle ou telle caractéristique (être femme, grosse, arabe, venir de banlieue, être jeune mère...). Si la discrimination n'est pas systématiquement ressentie ou identifiée comme une violence, c'est qu'elle semble faire partie du paysage et des règles du jeu du marché du travail. Pour autant, elle agit avec une telle force qu'elle semble conditionner très largement le positionnement des femmes dans la sphère professionnelle. Elle est si parfaitement incorporée qu'elle est même parfois clairement énoncée comme structurante des comportements. Ainsi, Sandra qui pense être victime de discrimination salariale parce qu'elle est une femme renonce à demander une augmentation à son patron : étant enceinte, et bien que ce ne soit pas encore visible, elle précise comme une évidence qu'elle n'est pas vraiment en position de force pour le faire cette année-là non plus. Certaines femmes développent alors une lucidité propre aux personnes dominées et adoptent sur leur lieu de travail une attitude plus détachée, au moins en apparence, de l'ordre d'un contrôle de leur comportement.

 

Contact presse : Marie-Christine Antonucci  - 04 91 13 28 94 -  servicepresse@cereq.fr

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