Faire des études supérieures et après ? 

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Que sont devenus les 369 000 jeunes sortis de l’enseignement supérieur en 2010, avec ou sans diplôme ? Pour y répondre, le Céreq a analysé les trois premières années de vie active de ces jeunes de la Génération 2010, interrogés en 2013. Portrait de la génération, socialisation professionnelle pendant les études, panorama détaillé des conditions d’insertion, évolution des emplois occupés et comparaisons avec la Génération sortie du système éducatif en 2004 (avant la crise) ; tels sont les grands chapitres de cette nouvelle publication. Analysant de façon détaillée les trajectoires des jeunes, cet ouvrage apporte un éclairage original sur la transition des études supérieures à l’emploi.

 

Une insertion très dépendante du niveau de sortie mais aussi de la spécialité de formation

 

Entrés sur le marché du travail deux ans après la crise de 2008, l’insertion professionnelle des jeunes sortants du supérieur de la Génération 2010 est plus difficile que pour ceux sortis de formation quelques années plus tôt. En réalité, ce sont les sortants sans diplôme qui sont le plus confrontés aux effets de cette dégradation de la conjoncture économique. Ainsi, parmi les 87 000 jeunes dans ce cas 40 % sont hors de l’emploi trois ans après leur sortie du système éducatif. Avec un salaire médian de 1 350 euros, ils occupent souvent des postes d’employés ou d’ouvriers non qualifiés (presque 40 % de leurs emplois).

Pour les diplômés, la situation est dans l’ensemble nettement plus favorable mais avec de fortes disparités entre niveaux de diplôme et spécialités de formation, que ce soit en termes d’exposition au chômage ou de conditions d'emploi après 3 ans de vie active. Ainsi, leur taux de chômage peut varier de 2 % à plus de 20 %.

Aux niveaux bac+2/bac+3, si la filière « santé, social » tire toujours son épingle du jeu avec 2 % de chômage à 3 ans, ce n’est pas le cas pour bien d’autres spécialités. Pour les sortants de L3, la situation des titulaires d’une licence professionnelle tertiaire ou d’une licence générale en sciences, avec 9 % de chômage, contraste avec celle des titulaires d’une licence générale en lettres ou sciences humaines et sociales (16 % de chômage).

À bac+ 5, les diplômés des écoles d’ingénieurs affichent un taux de chômage d’à peine 4 % et 88 % occupent un emploi de cadre. Disposant d’un salaire médian net mensuel de plus de 2 300 euros, ils sont, avec les docteurs, les diplômés les mieux rémunérés en 2013. Situation qui contraste avec celle des jeunes diplômés d’un master en sciences de la vie, sciences de la terre ou en langues, lettres ou arts, encore confrontés à un taux de chômage supérieur à 15 %, trois ans après leur sortie de l’université.

 

Des trajectoires moins linéaires et plus réversibles ?

 

L’enquête Génération appréhende la diversité des parcours d’accès à l’emploi à travers six trajectoires types. La trajectoire majoritaire reste, malgré la crise, celle d’un accès immédiat et durable à l’emploi, qui concerne 54 % des sortants de l’enseignement supérieur. Deux autres types de trajectoires révèlent une stabilisation en emploi rapide (pour 16 % des sortants) ou progressive (9 %) mais les parcours ne vont pas tous dans ce sens.

À titre d’exemple, pour 8 % des jeunes sortants, la trajectoire est marquée par un retour en études ou en formation dans les trois années qui suivent la formation initiale. L’importance de cette figure, autrefois marginale, illustre une transition des études à l’emploi qui serait de moins en moins linéaire et irréversible en France. Les jeunes les plus concernés sont d’abord ceux qui avaient interrompu leurs études supérieures sans obtenir de diplôme. Etonnamment, plus de 17 % des jeunes diplômés de licence générale connaissent eux aussi ce type de trajectoire, notamment ceux issus des spécialités de droit, économie, gestion, administration économique et sociale (AES) ainsi que de lettres, langues, arts, d’autres sciences humaines et sociales et de STAPS.

   

Plus d’emplois non qualifiés mais aussi plus de cadres avec des professions de moins en moins techniques

 

Les professions occupées au bout de trois ans par les sortants de l’enseignement supérieur portent la marque d’une polarisation croissante des qualifications et d’une tertiarisation des emplois. En effet, comparés à ceux de la Génération 2004, les jeunes de la Génération 2010 occupent à la fois plus souvent des postes non qualifiés mais aussi, et en dépit de la crise, plus d’emplois de cadre. Ce renforcement aux deux extrémités de l’échelle des qualifications va de pair avec une moindre présence sur les professions intermédiaires et sur les postes d’ouvrier ou employé qualifiés. Mais, derrière ce mouvement de polarisation de leurs emplois, se cache surtout une tertiarisation des professions exercées. Les emplois non qualifiés sont nettement plus qu’avant ceux du commerce et des services. Et à l’autre bout également, les postes de cadre sont moins souvent techniques.

Au final, trois ans après leur sortie de l’enseignement supérieur, d’un côté, 15 % des jeunes en emploi occupent un poste non qualifié et de l’autre, 33 % sont cadres, dont un tiers seulement ingénieurs ou cadres techniques.

 

Un fort développement de l’apprentissage, filière qui n’est pas socialement moins sélective

 

Des formes de professionnalisation diverses émaillent les formations conduisant aux diplômes du supérieur. L’apprentissage concerne 12 % des sortants de 2010. Il est surtout répandu parmi les jeunes diplômés de bac+2 (25 %) et chez les titulaires de licence professionnelle (31 %). L’apprentissage poursuit son développement au sein de ces filières de l’enseignement supérieur court mais il s’est également diffusé rapidement dans les grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce, où 19 % des diplômés de 2010 sont sortis par la voie de l’apprentissage.

L’étude du Céreq montre que dans l’enseignement supérieur, l’apprentissage n’est pas une voie de formation associée à des origines modestes, et que de ce fait il ne joue pas de façon évidente un rôle de promotion sociale. Pour les diplômés de licence professionnelle les origines sociales des apprentis sont même plus « huppées » que celles des «scolaires », avec 40 % de diplômés ayant au moins un parent cadre.

Pour les diplômés des grandes écoles, à l’inverse, elles sont un peu plus modestes que pour les « scolaires » même si 46 % des apprentis sortant de ces écoles sont encore issus d’un milieu cadre.

 

Une mission d’insertion des universités qui a pris corps à travers des dispositifs

 

Depuis la loi d’autonomie de 2007, LRU, les universités se sont dotées de moyens pour apporter une aide à l’insertion de leurs étudiants (consolidation des SCUIO et création des bureaux d’aide à l’insertion professionnelle, (BAIP). Divers dispositifs d’accompagnement et de professionnalisation se sont alors diffusés dans les filières généralistes qui n’avaient pas cette tradition contrairement aux filières professionnelles courtes et aux grandes écoles.

La participation aux modules visant à favoriser l’employabilité des étudiants s’est nettement répandue dans les universités. Parmi les dispositifs dont ont bénéficié une bonne partie des jeunes pendant leur dernière année d’études figurent les aides pour trouver un stage (41 %), pour connaître les débouchés professionnels (39 %) ou pour la rédaction des CV (37 %).

La diffusion de tous ces dispositifs n’est pas homogène et varie d’un diplôme à l’autre. Ainsi, les sortants diplômés de licence générale les mentionnent encore assez peu.

Par rapport aux masters universitaires, les grandes écoles conservent une longueur d’avance. Parmi leurs diplômés, un sur quatre a bénéficié d’au moins cinq dispositifs.

En comparaison, les diplômés de master suivent deux fois moins souvent les modules visant à identifier les compétences ou à construire un projet professionnel. Ces modules sont particulièrement jugés utiles a posteriori par les jeunes. De même, si 51 % des étudiants en écoles de commerce ont bénéficié d’un dispositif de « sensibilisation à l’entrepreneuriat », ce n’est le cas que pour 18 % des sortants diplômés de M2.

 

Pour en savoir plus :
Nef n°52 – Faire des études supérieures et après ? – septembre 2015
Auteurs : Julien Calmand, Boris Ménard, Virginie Mora 

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Contact presse : Marie-Christine Antonucci, chargée des relations avec la presse, antonucci@cereq.fr
Tél. 04 91 13 28 94

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