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L’organisation de travail dans l’entreprise est un facteur déterminant pour accéder à la formation (Cereq)

Par Florianne Finet

Paris, le 12/04/2017 12:41:00 Dépêche n°560325

Les caractéristiques liées au travail exercé et à son organisation dans l’entreprise déterminent "pour une large part" l’accès des salariés à toutes les formes d’apprentissages (formels ou informels). C’est la conclusion d’une étude du Cereq sur le développement des compétences dans l’entreprise publiée le 3 avril 2017, dans le numéro 353 de la revue Bref. Cette enquête fait partie du dispositif  Defis initié par le Copanef (1). Elle montre également que les salariés qui bénéficient des "dynamiques de travail" favorisant les apprentissages sur le tas (décloisonnement, partage de l’information, valorisation du collectif…) sont également ceux qui accèdent le plus à la formation organisée.

Le développement des compétences dans l'entreprise est généralement apprécié à l'aune des formations "organisées" suivies par les salariés. "Planifiées, intentionnelles, ces dernières sont facilement repérables donc quantifiables et par conséquent abondamment documentées", observe le Cereq, dans une étude intitulée "le travail au coeur des apprentissages en entreprise".

Comment définir un apprentissage informel ?

La formation informelle ou "sur le tas" n’est ni organisée, ni structurée (en termes d’objectifs de temps ou de ressources), d’après la définition duCereq. Il peut s’agir de compagnonnage, de parrainage ou d’entraide solidaire entre collègues.

La formation organisée est définie par son caractère intentionnel (l’objectif est d’apprendre) et planifié (le temps de la formation est défini). Elle regroupe les stages, conférences, séminaires, autoformations, Fest (formations en situation de travail) et rotations sur les postes de travail.

Cependant, seuls 15 % des employeurs désignent la formation "organisée" comme principal mode d’acquisition des compétences en cours d’emploi. À travers l’enquête Defis, leCereqs’est intéressé aux facteurs qui favorisent l’acquisition d’apprentissages informels au sein des entreprises.

Six critères ont été retenus qui concernent le contexte organisationnel et managérial décrit par les employeurs et trois autres s’appliquent à l’activité de travail décrite par les salariés :

  • le décloisonnement du travail ;
  • le dialogue et le partage de l’information ;
  • la réflexion sur la pratique ;
  • le développement de la capacité à transmettre et à expliquer sa compétence ;
  • l’engagement individuel favorisé par des pratiques de management valorisant le collectif ;
  • les perspectives d’évolution et de mobilité ;
  • les échanges et confrontation des savoir-faire dans le travail ;
  • l’activation des processus cognitifs ;
  • l’autonomie.

 

Inégalité d’accès à la formation

Les auteures de l’étude, Christine Fournier, Marion Lambert et Isabelle Marion-Vernoux, soulignent que les salariés occupant les postes les moins qualifiés qui bénéficient d’une "dynamique de travail" porteuse d’apprentissages informels voient leurs chances d’accéder à une formation "organisée" nettement accrues ».

 

Plus que les caractéristiques des individus (âge, CSP) et des entreprises (taille, secteur) habituellement pointées pour expliquer les inégalités d’accès à la formation, c’est avant tout les caractéristiques liées au travail exercé et à son organisation dans l’entreprise qui déterminent l’ensemble des possibilités d’apprentissage pour les salariés", analyse le Cereq.   

Leviers à actionner

À l’heure où la responsabilité individuelle est de plus en plus mise en avant, il existe donc des "leviers à actionner au sein des entreprises" pour permettre aux personnes les moins qualifiées d'"élargir leurs compétences" voire d’évoluer professionnellement.

 

 

Cumul des formes d’apprentissage

Par ailleurs, l’étude du Cereq met en lumière l’absence de concurrence entre apprentissages informels et formations organisées dans les entreprises. Ces deux façons d’apprendre ont même tendance à se cumuler. Les salariés qui bénéficient de la dynamique de travail la plus porteuse affichent le taux d’accès à la formation organisée le plus élevé.

À l’inverse, ceux dont le contexte de travail est peu propice aux apprentissages "sur le tas" accèdent beaucoup moins à des stages, et même à des formations en situation de travail ou à des rotations de tâches.

Une conclusion identique à celle faites par une étude de l’observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans les professions libérales. Les premiers résultats de l’enquête menée dans 13 branches avaient été présentés en décembre (lire sur AEF).

(1) Le dispositif Defis, initié par le CNEFP et financé par le FPSPP, met en relation les actions de formation suivies par les salariés et les parcours professionnels. L'enquête comporte un volet entreprise (4 500 entreprises représentatives du secteur privé interrogées en 2015) et un volet salariés (16 000 personnes interrogées entre 2015 à 2019).

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