Les débuts de carrière des jeunes issus de l’immigration : une double pénalité ?

Insertion difficile, moindre qualité des emplois occupés, les jeunes issus de l’immigration sont particulièrement  pénalisés, telles sont les conclusions de la dernière étude du Céreq. Et ce sont les jeunes d’origine maghrébine qui subissent des désavantages particulièrement forts dans l’accès à l’emploi, accentués par la discrimination à l’embauche, et dans une moindre mesure au niveau de la qualité des emplois occupés. Cette «double pénalité», aggravée par la crise est liée, en amont, à une récurrence des situations de chômage et à des phénomènes de discrimination. Elle ne s’atténue pas avec le temps. L’analyse est basée sur l’exploitation  de l’enquête Génération du Céreq, (2004 à 7 ans). Les jeunes issus de l’immigration sont distingués selon leur origine géographique, en se restreignant aux deux groupes les plus nombreux au regard de l’échantillon, les descendants d’immigrés d’Europe du Sud et ceux du Maghreb – en comparaison des Français d’origine.

Les jeunes issus de l’immigration maghrébine ont de plus faibles niveaux de formation initiale, ils sont plus nombreux à sortir du système éducatif sans aucun diplôme, comparés aux jeunes Français d’origine et à ceux originaires d’Europe du Sud. Ces inégalités s’expliquent par leurs origines socioéconomiques et la ségrégation spatiale : 40% d’entre eux sont enfants d’ouvriers contre 12% pour les Français d’origine ; 24% résident en ZUS contre 4% respectivement. Ils connaissent en moyenne près de 27 mois de chômage durant les 7 premières années de vie active contre moins de 11 pour les Français d’origine. Quant aux jeunes originaires d’Europe du Sud, ils ont de meilleures trajectoires d’entrée dans la vie active.

Pour évaluer la qualité de l’emploi, une typologie a été élaborée distinguant des emplois debonne qualité(CDI en majorité à temps plein, plus hauts salaires, davantage de promotions et augmentations de salaire), dequalité moyenne(CDI et postes de fonctionnaires à temps plein mais rémunérations plus faibles sans promotion de poste…),précaires(davantage de CDD, intérim, emplois aidés, rémunération proche du SMIC mensuel, sans augmentation salariale, ni de promotion …) et situations desous-emploi(temps partiels souvent contraints et faiblement rémunérés).  Sans surprise, les jeunes d’origine maghrébine sont surreprésentés dans les emplois de moins bonne qualité. Ceux d’origine d’Europe du Sud occupent davantage d’emplois de qualité moyenne. Mais, comme les descendants d’immigrés maghrébins, ils sont plus nombreux en « sous-emploi » comparés aux Français d’origine. Cette moindre qualité de l’emploi s’exprime aussi à travers la satisfaction professionnelle. Ainsi, 65% des jeunes d’origine maghrébine disent se réaliser professionnellement contre 80% des français d’origine et 82% de ceux originaires d’Europe du Sud.

 

La situation semble s’aggraver avec le temps pour les jeunes issus de l’immigration maghrébine et leur niveau de formation ou leurs autres caractéristiques sociodémographiques ne suffisent pas à expliquer l’intégralité de leur désavantage. Ces jeunes subissent en outre des mobilités professionnelles moins favorables et accèdent à des emplois de faible qualification sur un marché du travail seg­menté.

 

Pour en savoir plus : Bref n°341 – Les débuts de carrière des jeunes issus de l’immigration : une double pénalité. Yaël Brinbaum Centre d’études de l’emploi (CEE), Institut national d’études démographiques (INED) Sabina Issehnane Université Rennes 2, CIAPHS, CEE. En ligne sur le site du Céreq

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Contact presse : Marie-Christine ANTONUCCI – antonucci@cereq.fr - Tél. 04 91 13 28 94  

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