Co-analyse du travail des professionnels de proximité intervenant dans la prévention de l’implication des jeunes dans le trafic de drogues

 

 

Le Céreq est engagé dans une recherche-action visant à accompagner la réflexion des professionnels de proximité chargés de la prévention des jeunes exposés aux risques d’implication dans le trafic de drogue.

D’appartenances institutionnelle diverses, ces professionnels de « première ligne » (enseignants, éducateurs en prévention spécialisée, assistants de service social, animateurs de centres sociaux, conseillers en mission locale, éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse…) sont confrontés quotidiennement à des jeunes impliqués dans les réseaux de l’économie de la rue, et tout particulièrement dans le trafic de produits psycho-actifs illicites.

Malgré leur formation et leur expérience, une telle confrontation ne va pas de soi ; elle pose la question du sens de leur travail et, au-delà, de leur mission.

Les questionnements à affronter ont trait non seulement à l’efficacité de leur travail mais aussi à la légitimité de leur positionnement. Ils peuvent en effet vivre celui-ci sur le mode d’une transgression de ce qui fonde leur identité professionnelle, et des impératifs moraux qui donnent sens à leur fonction.

Quels actes professionnels faut-il alors poser ?

Comment établir un climat de confiance avec ces jeunes sans que leur attitude soit perçue comme une forme d’acceptation du trafic ?

Quel discours de prévention et d’information leur tenir ? Comment réagir à certaines révélations qu’ils peuvent faire sur leurs conduites délictueuses ?

Quelle est la meilleure façon de les aider sans leur porter préjudice ?

 

Dans le cadre du volet prévention du « Plan crack du Nord-est Parisien », des ateliers « récits de vie » ont été mis en place en 2006 et 2007 et ont abouti à la production du livret « Comprendre le sens des conduites à risques pour agir en prévention ».

Entre 2008 et 2010, des ateliers de valorisation des pratiques de prévention ont présenté et mis en débat des expériences parisiennes et dionysiennes sur « les processus de décrochage et d’exclusion du système scolaire», « le soutien de la parentalité », « la banalisation de l’économie souterraine » et sur « les discriminations, conflits de cultures et troubles de l’exil ».

En 2010, une recherche-action sur les «processus d'inscription dans l'économie de la rue : quelles stratégies de prévention? » a été conduite par le Groupe de recherche sur la vulnérabilité sociale (GRVS). Ces interventions se sont prolongées en 2011 et 2012 avec toujours comme objectif la construction de références et d’un cadre éthique d’intervention communs.

Cette démarche s’inscrit dans une perspective sociologique et clinique. Elle repose sur le principe de la co-construction des savoirs. L’entretien collectif répété avec retour constitue son outil privilégié.

Deux groupes de pairs d’une quinzaine de personnes ont ainsi été constitués. Le premier groupe est composé de professionnels intervenant dans le 19° arrondissement de la ville de Paris. Le deuxième groupe est trans-périphérique, composé de professionnels intervenant dans le Nord-est Parisien et de professionnels intervenant en Seine-Saint-Denis.

Si les professionnels ici présents sont tous confrontés à des jeunes impliqués dans le trafic, ils le sont à différents moments de leur parcours dans celui-ci. A un bout de la chaîne préventive, en son amont, on trouve l’enseignant de l’école élémentaire confronté à des jeunes qui commencent à s’inscrire dans le trafic en tant que guetteur. A l’autre bout de la chaîne, en son aval, on trouve un éducateur de la PJJ qui est en contact avec des jeunes sous main de justice et qui tente, par son action, de prévenir la récidive. Six séances de travail de trois heures ont été programmées pour chaque groupe. La fréquence retenue a été approximativement celle d’une séance toutes les 6 à 8 semaines. Le temps entre deux séances, loin d’être vide, est consacré à un retour des interprétations.

Le pilotage de ce chantier est assuré par le Forum français pour le Sécurité urbaine(FFSU), la Mission de prévention des toxicomanies de la ville de Paris, la Mission de prévention des conduites à risques du Conseil général de la Seine-Saint-Denis et les Directions de la cohésion sociale de ces deux départements concernés.

Pour en savoir plus sur la démarche et ses effets :

Prévenir l'implication des jeunes dans le trafic des drogues. L'intérêt des espaces interqualifiants, P. Roche, Bref n°306, février 2013

Egalement une interview de l'auteur :

Prévenir l'implication des jeunes dans le trafic des drogues

 

Contact : Pierre Roche 

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