Surqualification/déclassement : approches croisées

 

Compte-rendu par Thomas Couppié

 

Le 19 juin 2015, le Céreq accueillait Mircea Vultur, professeur associé de sociologie à l’université Laval et chercheur en socio-économie du travail et de la formation à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) de Québec.

En résidence pendant un mois au LEST à Aix-en-Provence, M. Vultur est venu présenter le livre qu’il a coordonné en 2014 sur « La surqualification au Québec et au Canada ».

 La journée d’étude s’est donc organisée sur une confrontation des approches canadiennes et françaises, Philippe Lemistre, ingénieur de recherche au CERTOP, ayant accepté de présenter l’approche française – plus ancienne – habituellement abordée sous l’angle du déclassement. 

Les concepts de surqualification / déclassement ici en question évoquent le phénomène de décalage éventuel entre le niveau de diplôme atteint par les individus et le niveau de qualification – inférieur – des emplois qu’ils occupent. Phénomène de plus en plus fréquent au Québec et au Canada, il s’inscrit dans un contexte de croissance forte du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur au cours des 25 dernières années, croissance qui s’est réalisée à un rythme bien plus soutenu que celle des emplois les plus qualifiés.

Les deux présentations ont mis en évidence des outils d’analyse de la surqualification / du déclassement utilisant les mêmes constructions méthodologiques (approche subjective, approche statistique ou approche normative).

De même, les deux présentations ont souligné que le phénomène, en expansion au Canada comme en France, se traduit par l’émergence « d’inégalités fractales », c’est-à-dire un éclatement accru des situations observées à l’issue d’une même « diplomation » et un creusement des écarts salariaux observés parmi les titulaires d’un même diplôme. Par ailleurs, une approche sexuée du phénomène révèle que, dans les deux pays, les femmes sont plus exposées que les hommes.

Mais les deux présentations – ainsi que le débat avec la salle – ont bien mis en évidence des contextes sociétaux très différents qui expliquent, dans chacun des pays, des lectures et des traitements spécifiques du phénomène qui conduisent à parler de surqualification dans un cas et de déclassement dans l’autre. Objet d’étude très récent et encore marginal au Québec et au Canada, les quelques travaux qui ont investi ce champ au Québec se polarisent sur la question du risque individuel croissant de l’investissement à réaliser en capital humain, et donc de l’éventuel bien-fondé d’un tel choix d’investissement, compte tenu du coût des études supérieures et de l’endettement que doivent consentir les individus pour financer leurs études. A l’inverse de la situation canadienne où il constitue une question relativement neuve, ce phénomène – appréhendé sous le concept de déclassement – est un objet d’étude et de recherche complexe, assez ancien, à la fois largement débattu et encore objet de débats en France, qui superpose plusieurs niveaux d’analyse, micro et macroéconomique, intra et intergénérationnel, et mobilise de façon antagoniste différentes théories économiques et sociologiques.

La journée d’études s’est conclue sur l’intérêt et les bienfaits à développer des analyses comparées entre pays, mais aussi sur les difficultés à construire des méthodes de mesure réellement comparables d’un pays à l’autre.  

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