Compte rendu du 3ème séance du séminaire « Développement Durable » du Céreq

 

 

Le bâtiment « durable » : Des modes d’habiter aux manières de travailler

 

Le travail et la formation constituent des impensés écologiques : comment le travail est-il transformé par les évolutions économiques, sociales et sociétales liées à l'écologie et l'environnement ? Comment la formation (continue et initiale) s'adapte-elle et prend-elle en compte de telles évolutions ainsi que les incertitudes cognitives et pédagogiques qui y sont associées ? A travers un retour sur les termes même du débat (écologie, environnement, développement durable, transition écologique) et une analyse des controverses animant les principaux champs étudiés par la convention (agriculture, bâtiment, transports, énergie), la première séance - 1er avril 2014 - a tout d'abord questionné les travaux internes au Céreq dans un premier effort de problématisation. Une seconde séance – 10 décembre 2014 – a permis de présenter un outil d’analyse des controverses exploitant de manière automatisé les données/informations disponibles sur le Web (le MEDIALAB ORIGENS …..), appliqué ici au champ de l’agriculture productrice de biomasse. Enfin, un temps a été consacré à l’approche territoriale des questions d’emploi et de formation liées au développement durable.

 

Une fois ces controverses identifiées, le séminaire a pu s'ouvrir à des auditeurs extérieurs pour confronter les travaux menés au Céreq à ceux de la socio-anthropologie de l'environnement. Ainsi, la troisième séance a été thématique et consacrée à l'importance d'une prise en compte des modes d'habiter pour l’étude du bâtiment durable et de ses acteurs.

                                               

Le secteur du bâtiment est-il en pleine évolution ou reste-il enserré dans des logiques marchandes et professionnelles ?

 

Le secteur du bâtiment est-il en pleine évolution ou reste-il enserré dans des logiques marchandes et professionnelles restreignant ses capacités à se renouveler pour intégrer les exigences d’une vision écologique du bâti ? Cette question a constitué le fil des trois interventions de la journée du 26 mars (Hélène Subremon, chercheuse à l’ENPC ; Paul Kalck, chargé d’études au Céreq ; Hubert Amarillo, chargé d’études au Céreq).

 

La sociologie de l’énergie fait le constat pessimiste d’une difficulté des acteurs du bâtiment à intégrer ses réflexions sur l’importance des usages de l’énergie, ainsi que l’a constaté H. Subremon dans son intervention. L’habitant, le consommateur, le citoyen restent à la marge voire sont inexistants dans la conception des technologies de performance énergétique, dominées par une vision d’ingénierie oublieuse des conditions sociales de leur production et de leurs utilisations.

 

Pourtant cette compréhension et intégration des manières de vivre et d’habiter des usagers, est bel et bien centrale dans nombre de démarches, en marge du bâtiment traditionnel, notamment dans des associations prônant le recours aux matériaux bio-sourcés, à l’auto-construction, etc. comme l’a souligné Paul Kalck. Comment comprendre ces différentes initiatives associatives ? Peuvent-elles être envisagées comme une solution à la question de la rénovation énergétique ? Pourquoi constituent-elles in fine des acteurs incontournables de ces rénovations ? Le développement de ces associations de réhabilitation énergétique interroge sur l’intrication des associations avec le monde professionnel et leur rôle social. Les chantiers participatifs, tout comme le financement collaboratif, et finalement toute l’économie du partage ont  un effet sur les relations clients-prestataires, et sur le travail et la transmission des compétences, qu'il importera d'analyser de manière plus approfondie. 

 

Cette approche par les associations est-elle militante et donc a-scientifique ?

 

Cette approche par les associations est-elle militante et donc a-scientifique ? De fait, le champ de recherche du « fait environnemental » entendu comme la lecture sociale des phénomènes physiques et climatiques, lie intimement les pratiques et décisions politiques, l’action sociale et l’engagement militant. L’intrication de ces trois sphères, si elle n’est pas nouvelle, est interrogée singulièrement par les analyses du « fait environnemental ». Assumer ou non cet engagement, s’en affranchir ou adopter une position surplombante a été une question non résolue au cœur des débats.

 

Cet engagement se retrouve pourtant dans nombre de parcours de professionnels investis dans le secteur du bâtiment durable, et notamment ceux du Cluster étudié par Hubert Amarillo. Ce chercheur postule que la collaboration entre acteurs du BTP est un trait significatif qui marque l’innovation « verte ». Le secteur du bâtiment, particulièrement divisé, entre maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage, produit des disfonctionnements qui peuvent être dépassés, dans une certaine mesure, dans le cadre de Cluster comme POLEBAT (PACA). La figure de l’ « accompagnateur » (qui est un homme de métier) permet le suivi de la qualité environnementale des projets. Il est le trait d’union entre les différents professionnels et permet de renforcer les liens entre maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage.

 

Peut-on parler d’innovation pour une pratique (la collaboration entre acteurs) relativement ancienne, voire traditionnelle ? Qu’a de « vert » cette spécificité ? Les débats ont porté autour d’une définition de l’innovation dans le cadre du verdissement : retour à l’ancien, focus sur ce qui a toujours été présent, ou réelle nouveauté ?  

 

Contact : Félicie Drouilleau.

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