Dynamiques porteuses d’apprentissage au travail et formation des salariés 

Les enseignements d’une nouvelle enquête du Céreq

 

La formation organisée ne résume pas à elle seule les possibilités de développement professionnel des salariés. Pour une majorité d’employeurs, c’est avant tout dans l’exercice du travail, de façon informelle, que les salariés acquièrent et développent leurs savoirs et savoir-faire. Les apprentissages informels viennent-ils dès lors compenser un faible accès à la formation organisée pour les salariés. L’étude du Céreq montre qu’en réalité les différentes façons d’apprendre en entreprise tendent à se cumuler plutôt qu’à se substituer.  

 

Le dispositif d’enquêtes sur les formations et itinéraires des salariés (Defis), récemment mis au point par le Céreq à la demande des partenaires sociaux (CNEFP), permet de repérer pour chaque salarié s’il bénéficie de conditions plus ou moins propices aux apprentissages informels dans le travail.  En couplant les données recueillies auprès des employeurs et des salariés, est ainsi appréhendée ce que les auteurs appellent la « dynamique de travail ». 

Parmi les dimensions susceptibles de favoriser les apprentissages informels, six relèvent du contexte managérial et organisationnel : le décloisonnement du travail, le dialogue et le partage d’information, la réflexion sur la pratique, le développement de la capacité à transmettre et expliquer sa compétence et l’engagement individuel. Apparaissent ainsi des entreprises qui, en misant sur une stratégie de marque ou de notoriété, favorisent le sentiment d’appartenance à un collectif marqué par une forte identité.  Si la performance individuelle est recherchée, elle est surtout mise au service d’un projet collectif de production et favorisée par des pratiques de management valorisant le collectif, les perspectives d’évolution et de mobilité.

Trois autres dimensions relèvent de l’activité du salarié : les échanges avec la confrontation des savoir-faire, l’activation des processus cognitifs et l’autonomie.  Les salariés concernés par ces dimensions décrivent une activité qui leur permet la prise de responsabilité, notamment parce qu’ils peuvent modifier leurs objectifs. Autre point important : l’entraide entre collègues.

Avec la grille retenue, une large majorité de salariés évolue dans une dynamique présentant au moins deux dimensions favorables aux apprentissages informels parmi les neuf retenues. Seuls 8% apparaissent dans une dynamique excluant toute dimension favorable. Ces derniers, déjà mal lotis au regard des apprentissages informels dans le travail,  sont également ceux qui accèdent le moins à la formation organisée : 18% d’entre eux en ont suivi, contre 65% quand ils évoluent dans les dynamiques les plus porteuses d’apprentissages informels.

S’ils tendent à se cumuler, les apprentissages sous toutes leurs formes, ne profitent pas qu’aux plus qualifiés. Les salariés occupant les postes les moins qualifiés sont souvent pointés, au vu des statistiques, comme les plus éloignés de la formation organisée. Surreprésentés dans les dynamiques les moins porteuses d’apprentissages informels, ils ne sont pas exclus des dynamiques les plus porteuses. Dans cette situation, ils sont bien mieux lotis au regard de la formation organisée avec un taux d’accès de 68% égalant alors les taux d’accès des catégories les plus qualifiées. Leurs chances d’accès sont ainsi multipliées par huit, comparés à leurs homologues relevant de la dynamique la moins porteuse d’apprentissages informels. 

 

A l'heure où la responsabilité individuelle est plus que jamais mise en avant en matière de formation, ces constats viennent soutenir l'idée que les caractéristiques du travail exercé et de son organisation dans l’entreprise déterminent pour une large part l'accès des salariés à toutes les formes d'apprentissage. Il existe donc des leviers à actionner au sein des entreprises afin que tous, y compris les moins qualifiés, puissent trouver le moyen d’élargir leurs compétences et d’évoluer professionnellement.

 

Pour en savoir plus :

Bref n°353 – Le travail au cœur des apprentissages en entreprise - Auteures : Christine Fournier, Marion Lambert et Isabelle Marion-Vernoux  (Céreq) 

Communiqué au format pdf

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