Jeunes générations : des débuts de carrière marqués par la crise

Pour la première fois depuis la création du dispositif d’enquêtes Génération sur l’insertion professionnelle des jeunes, le Céreq dispose de deux enquêtes longitudinales rétrospectives sur sept premières années de vie active. L’une auprès des jeunes de la Génération 2004 interrogés en 2007, 2009 puis 2011. L’autre auprès des jeunes de la Génération 98 interrogés en 2001, 2003 puis 2005. L’intérêt de la comparaison de ces deux enquêtes repose sur les différences conjoncturelles  qui ont marqué l’entrée sur le marché du travail de ces deux cohortes.  Malgré la crise financière de fin 2008, le chômage des jeunes entrés sur le marché du travail en 2004 arrive, sept ans plus tard, fin 2011, à un niveau voisin de celui de leurs aînés entrés en 98. Les non-diplômés auront dès le départ pâti de la mauvaise conjoncture et des statuts précaires. Les diplômés du secondaire semblent, eux, avoir été largement impactés par la crise. Les progressions de salaire ont aussi été freinées, notamment pour les diplômés de l’enseignement supérieur.

Le chômage de primo-insertion s’accentue

Les jeunes sont généralement plus sensibles aux effets de cycle économique. Ils occupent plus fréquemment que leurs ainés des emplois à durée déterminée, les conduisant à plus d’allers retours vers le chômage lorsque la conjoncture se dégrade. La comparaison de deux cohortes, entrées sur le marché du travail dans des conjonctures différentes, conduit à se poser la question des effets du contexte économique en fin d’études. L’analyse des taux de chômage entre la Génération 98 et la Génération 2004 semble plutôt indiquer que, globalement, les taux de chômage de ces deux cohortes se rapprochent tendanciellement. L’écart entre les deux, de trois points en troisième année de vie active, passe à un point au bout de sept ans. Une mauvaise conjonc­ture en tout début de vie active aurait plutôt pour conséquence de retarder le processus d’insertion professionnelle que de le mettre à mal durablement, à des degrés divers selon le niveau de diplôme.

Des déclassements plus fréquents et des promotions en début de carrière freinées…

Depuis plus de dix ans et indépendamment du contexte conjoncturel, deux tiers des premières embauches se font sur contrat à durée déterminée, l’indicateur reste identique pour les deux générations. Au bout de trois ans de vie active, 23 % des jeunes des deux Générations occupent des emplois sous statut précaire, ensuite cette proportion diminue assez rapide­ment.  Les jeunes non diplômés sont particulièrement concernés par les EDD, quant aux diplômés de l’enseignement professionnel et technique ils ne sont pas épargnés par la flexibilité de l’emploi, bien au contraire. Pour les diplômés de l’enseignement supérieur, la part des emplois à durée indéterminée n’augmente pas ou très peu ; mais ils sont moins nombreux que leurs prédécesseurs à occuper des emplois de cadre.

Pour les deux cohortes, les progressions professionnelles sont  relativement fréquentes entre la première embauche et l’emploi à cinq ans puis ralentissent. Pour la Génération 2004, le ralentissement est plus sensible et les déclassements sont plus fréquents : entre cinq et sept ans, 9 % des jeunes subissent un déclas­sement professionnel contre 7 % de ceux de la Génération 98. Le passage d’employé ou ouvrier qualifié à profession intermédiaire semble être le point de blocage des promo­tions professionnelles, tout particulièrement pour les femmes. La part de promues à ce niveau de qualification passe de 22 % pour la Génération 98 à 14 % pour la Génération 2004 ; aux autres niveaux de qualification, les évolutions sont peu significatives.

Des évolutions salariales en berne

Le contexte économique difficile dans lequel sont entrés les jeunes de la Génération 2004 se traduit par des niveaux de salaire plus bas que ceux des jeunes de la Génération 98. Alors que les jeunes, notamment les diplômés de l’enseignement supérieur, interrogés dans l’enquête Génération 98 avaient bénéficié d’une croissance exceptionnelle de leurs salaires, avec 15% d’augmentation entre la troisième et la septième année de vie active, les jeunes de la Génération 2004, voient leurs salaires croître de 3% entre trois et sept ans avec une évolution négative entre cinq et sept ans. Au total, le salaire médian (en euros constants de 1998) des emplois à temps plein au bout de sept ans de vie active de la Génération 2004 est de 1 240 € contre 1 280 € pour la Génération 98. En période de contraction économique, une des marges de manœuvre des entreprises repose sur les modalités de recrutement : usage renforcé des emplois à durée déterminée et révision à la baisse des salaires à l’embauche.

Les débutants semblent subir les évolutions structurelles du marché du travail : depuis plus de dix ans, leurs premiers recrutements se font majoritairement sur EDD. La mauvaise conjoncture persistante pourrait accentuer ce phénomène et fragiliser les trajectoires des jeunes. L’importance des entrées-sorties du chômage, associée aux EDD et à des salaires à l’embauche à la baisse, laisse penser que l’ajustement des entreprises aux contraintes macroéconomiques pèse plus que jamais sur les débutants dans leur période d’insertion.

Pour en savoir plus :

Bref n°311 – Génération 2004 : des débuts de trajectoire durablement marqués par la crise. Auteures : Zora Mazari, Isabelle Recotillet (Céreq) – juin 2013

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Service presse : Marie Christine Antonucci - 04 91 13 28 94 -  servicepresse@cereq.fr

 

 

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