La performance de la voie professionnelle en France

remise en cause par des comparaisons internationales ?

Le risque de propos trop généraux au pays des diplômes

 

Les comparaisons internationales sont toujours instructives et de ce point de vue, la dernière livraison de l’OCDE dans la série des « regards sur l’éducation » vient questionner la position du système de formation français sur divers points. Ainsi, lorsque la part des 25-29 ans en formation parmi les sortants du système éducatif sans diplôme apparaît dix fois moins importante en France que dans de nombreux autres pays de l’OCDE, les politiques visant la formation tout au long de la vie se trouvent interpelées. Mais que dire de la remise en cause de la performance du baccalauréat  professionnel dont certains média se sont fait l’écho récemment ?

Cette remise en cause se fonde sur une simple comparaison des risques de chômage entre les jeunes adultes diplômés du secondaire de la filière professionnelle et ceux diplômés du secondaire des filières dénommées « générales ». Alors que dans une partie des pays de l’OCDE, un diplôme de filière professionnelle serait plus protecteur face au chômage qu’un diplôme de filière générale, la France « présente des taux de chômage identiques (11%) entre les deux filières », ce qui poserait pour les experts de l’OCDE « la question de la valorisation des filières professionnelles sur le marché du travail ». Si l’on retient un autre indicateur, la part des jeunes en emploi, trois ans après la sortie d’études, le Céreq montre que la situation des titulaires du seul baccalauréat général apparaît critique depuis longtemps (voir graphique). Avec un taux d’emploi de 53 % en 2010 pour ceux sortis en 2007, ce groupe des bacheliers généraux est loin derrière tous les autres diplômés.

Concernant les catégories statistiques utilisées par l’OCDE, on notera que les trois voies françaises de formation (générale, technologiques et professionnelles) se trouvent résumées à deux. Sans doute utile pour les besoins de la comparaison internationale, c’est malheureusement un mauvais résumé. Qui plus est, des analyses plus fines prenant en compte la diversité des spécialités et des cheminements révèlent qu’après trois ans de vie active les titulaires d’un CAP industriel peuvent être en meilleure posture que des bacheliers généraux abordant le marché du travail après avoir échoué à l’université. En outre, les deux catégories utilisées pour apprécier des différences de filière, renvoient à des niveaux de formation différents. S’agissant des 25-34 ans de 2011, les diplômés de la voie professionnelle sont autant de niveau CAP-BEP que de niveau baccalauréat alors que les diplômés de la voie générale (et technologique) sont des bacheliers dont la grande majorité a poursuivi des études supérieures avant de quitter le système éducatif. L’interprétation d’une comparaison entre les deux catégories, en termes de filière, est donc aventureuse surtout lorsqu’on sait que le risque de chômage est nettement plus faible pour les bacheliers professionnels que pour les titulaires d’un CAP ou BEP. Jusqu’ici, même si la crise a impacté les positions relatives des diplômes, au niveau CAP ou Bac, les diplômés des spécialités industrielles se positionnent sur le marché du travail bien mieux que leurs homologues des spécialités tertiaires (hors santé et action sociale). Ainsi, le taux de chômage à 3 ans des titulaires d’un bac pro industriel est voisin de celui de certains Masters !

Enfin, concernant l’indicateur pris en compte par l’OCDE, le taux de chômage des 25-34 ans est largement insuffisant pour rendre compte de cheminements non linéaires. Il masque en outre les vicissitudes des bacheliers généraux qui n’ont décroché aucun diplôme du supérieur et qui, ayant expérimenté de sérieuses difficultés sur le marché du travail, retournent plus que les autres en formation en quête d’un diplôme supérieur. Au final, contrairement au baccalauréat professionnel, le baccalauréat général n’est définitivement pas un diplôme d’insertion. Stéphane Baud qui lançait il y a une dizaine d’années déjà la question du « 80 % d’une génération au bac, et après ? ». On peut craindre avec lui que le bac général ne fonctionne comme un miroir aux alouettes pour ceux qui n’ont pas les atouts et les ressources pour réussir dans l’enseignement supérieur.

Auteurs : Isabelle RECOTILLET, cheffe du département Entrées et Évolutions dans la Vie Active – DEEVA  et Alberto LOPEZ, directeur du Céreq  

 

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Contact presse :   Marie Christine Antonucci - 04 91 13 28 94 - servicepresse@cereq.fr

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