Les controverses sur le développement durable dans le domaine du bâtiment

Entre approche holistique et approche réductionniste

 

Depuis le Grenelle de l’environnement, de nombreuses dispositions ont été prises pour favoriser l’émergence d’une nouvelle offre constructive et d’un nouveau marché, celui de l’amélioration énergétique du bâtiment et son cortège de solutions techniques. Malgré cela, le marché décolle lentement. Le nombre d’habitations réhabilitées ne correspond pas aux prévisions et les créations d’emplois annoncées en 2010 tardent à se concrétiser. La politique de développement durable dans le bâtiment a trop mis l’accent sur la diminution des dépenses d’énergie liées au seul fonctionnement des bâtiments et peu tenu compte des attentes, des besoins et des modes de vie des habitants. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que le développement durable ne constitue pas un thème mobilisateur et que les informations, incitations et contraintes mises en œuvre par les institutions se heurtent à l’inertie et aux critiques. Des nombreuses controverses sur le développement durable dans le domaine du bâtiment mentionnées dans les rapports d’experts et publications scientifiques, le Céreq a dégagé deux types d’approches qui s’opposent.

 

La première approche qualifiée de réductionniste ne retient que l’urgence énergétique et ne s’intéresse qu’à la réduction de la consommation d’énergie des bâtiments, et en premier lieu de leurs besoins de chauffage. Pour rendre compte de la performance thermique des bâtiments indépendamment des comportements de leurs occupants, les logiciels de calcul intègrent des normes standards d’usage (température du logement en hiver -19° de jour). Cette définition d’une consommation conventionnelle ne correspond pas aux normes de confort généralement attendues par les occupants. L’offre de  construction et de  réhabilitation est elle-même soumise à des normes d’isolation, d’étanchéité à l’air et de ventilation. Ces normes ne peuvent pas refléter la variété des écosystèmes des bâtiments existants, la diversité de leurs usages et de leur environnement.

L’autre approche, qualifiée d’holistique, invoque l’urgence écologique dans tous ses aspects (climat, pollution, épuisement des ressources de la planète, risques sanitaires, diminution de la biodiversité, destruction des sites architecturaux et paysagers, etc.). Elle se donne pour objectif de réduire l’impact environnemental résultant de l’activité de construction ou de réhabilitation et des comportements de production ou de consommation.  Il ne s’agit plus seulement de disposer d’un habitat thermiquement plus performant. L’approche holistique amène à imaginer d’autres modes d’habiter et de construire.

 

Ces deux approches trouvent leur application à chacune des étapes de construction ou de réhabilitation : diagnostic, conception, réalisation des travaux, évaluation et services après livraison du bâtiment. La première a bénéficié d’un important soutien institutionnel. La seconde qui semble seule à la hauteur des enjeux environnementaux bouscule les organisations et les mentalités et il n’est guère étonnant de constater qu’elle a été largement laissée à l’initiative des associations.

Après un travail de repérage qui a permis d’identifier plus de 350 associations actives dans le domaine de l’urbanisme, de l’architecture et de l’écoconstruction, le Céreq a distingué deux types d’associations. Celles qui regroupent essentiellement des praticiens et des citoyens, celles qui rassemblent des institutions (entreprises, établissements de recherche et de formation, pouvoirs publics).

Les premières sont plus militantes, partagent souvent une même conviction de l’urgence écologique. Leur volonté est de construire une société plus durable à travers le commerce équitable, le décloisonnement professionnel, le développement local et l’équité sociale. Elles recherchent de nouvelles solutions en impliquant les populations (citoyens, habitants, propriétaires, locataires, etc.), peinent parfois à nouer des alliances et à établir des compromis avec les pouvoirs publics et les organisations professionnelles.

Les secondes sont plus réformistes. Elles cherchent à infléchir/orienter les modes de fonctionnement habituels en développant l’échange et la coopération. Les unes comme les autres évoluent dans le temps par un double processus d’encastrement politique, économique et social et de professionnalisation de leurs actions et de leurs adhérents, permanents ou salariés. Nul doute qu’elles méritent d’être soutenues dans leurs parcours.

Pour en savoir plus : Les controverses sur le développement durable dans le domaine du bâtiment. Nef n°53 – juin 2016 – auteur : Paul Kalck 

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Contact presse : Marie-Christine ANTONUCCI  servicepresse@cereq.fr – Tél. 04 91 13 28 94

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