Le travail d'évaluation des enseignants 

L'exemple du contrôle en cours de formation 

La création du bac professionnel a introduit des innovations dans le mode d’évaluation des candidats. C’est ainsi que le  contrôle en cours de formation (CCF) permet aux enseignants/formateurs d’évaluer les épreuves professionnelles de leurs élèves.  Des référentiels, se substituant aux programmes, fixent les attendus et critères de l’évaluation. Complété par des recommandations de l’inspection générale, le CCF fait l’objet d’une réglementation succincte. L’étude menée par le Céreq pour la Direction générale de l’enseignement scolaire, souligne bien que dans la pratique le CCF n’est pas un simple travail de contrôle de la conformité des résultats.  Les enseignants ne se cantonnent pas aux référentiels mais élaborent leurs propres repères en lien avec la formation dispensée. Pour eux, le travail d’évaluation a un tout autre sens.

Sur la base d’observations in situ d’épreuves professionnelles et d’entretiens avec les enseignants/évaluateurs,  les différentes étapes de la démarche ont été analysées: l’organisation des épreuves, l’élaboration des grilles d’évaluation, la notation.

Organiser le CCF, de manière individualisée, sans pour autant interrompre le processus de formation se révèle difficile car souvent les enseignants sont seuls face à un groupe d’élèves. Ils organisent alors des journées consacrées au CCF. Ils interviennent de deux manières : en interagissant avec le candidat pour l’accompagner dans ses  raisonnements, faisant ainsi évoluer l’épreuve ; en  recueillant  l’information nécessaire à l’élaboration d’un jugement équitable ;  ils sont alors contraints d’être très attentifs à ce que font les candidats. L’évaluateur doit aussi définir les conditions matérielles de l’épreuve : choix des équipements, des interventions (pour créer une situation de panne..) et confectionner les supports …

 

Les évaluations doivent être réalisées au moyen de grilles qui reprennent les compétences listées dans le  référentiel de certification du diplôme. Ces grilles indiquent un certain nombre de « critères de réussite » qui doivent servir à déterminer si le candidat a « acquis » ou non les compétences requises. Mais ce qui sert de repère pour l’évaluation n’est pas exactement ce qui figure dans les grilles… Ainsi, dans les épreuves pratiques, les candidats sont surtout jugés sur la manière dont ils procèdent. Les évaluateurs attendent d’eux la mise en œuvre d’une démarche de nature technologique reposant sur l’observation et l’analyse. Les enseignants utilisent parfois des grilles modifiées faisant apparaître davantage les repères qu’ils se donnent pour l’évaluation.

Noter les élèves. La note rend compte de la performance d’un élève à un moment donné. Elle fait intervenir des ingrédients de nature différente ; elle peut être décrite comme le résultat d’un phénomène complexe. Elle permet de moduler le jugement porté sur la prestation d’un candidat en y intégrant des éléments périphériques : les efforts fournis ou non tout au long de l’année, voire la situation familiale… Le travail de notation des enseignants témoigne d’un souci de tenir compte de tout ce qui peut intervenir dans la performance de l’élève. Il apparaît comme une réponse à la difficulté d’évaluer selon les grilles. Il est aussi l’affirmation d’un principe d’équité qui nuance l’idée selon laquelle il serait juste de ne juger les candidats que sur la base de résultats, comme inciteraient à le faire les référentiels.

 

La prise de distance des enseignants vis-à-vis des objectifs affichés dans le référentiel peut difficilement être interprétée comme une forme de « résistance au changement », un refus délibéré de s’inscrire dans une approche par compétences.

Elle procède d'une conception de l'acte d'évaluer comme prolongement de celui de former et non  comme activité autonome. Elle réaffirme aussi la spécificité de l'acte de former, dont la finalité ne peut se réduire à amener les élèves à des résultats fixés à l'avance. On comprend ainsi l’impasse que représente pour les enseignants le fait d’avoir à évaluer des performances.

Auteurs : Josiane Paddeu et Patrick Veneau

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Service presse : Marie Christine Antonucci – servicepresse@cereq.fr – 04 91 13 28 94

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