Entreprises et sécurisation des parcours

 

Le besoin de concilier flexibilité et sécurité de l’emploi  fait aujourd’hui l’objet d’un large consensus. Mais les formes de cette conciliation restent à déterminer. Une première conception situe la flexibilité à l’intérieur de l’entreprise, et la sécurité à l’extérieur, dans la sphère sociale. Une seconde envisage des possibilités de sécurité active des salariés dans le travail. La formation tout au long de la vie est au cœur de cette stratégie ; mais telle qu’elle a été mobilisée jusqu’à présent dans les entreprises, elle n’a eu que peu d’effets sur les parcours des salariés.

L’étude menée par le Céreq permet de dresser une typologie de quatre profils d’entreprise articulant organisation du travail, gestion des ressources humaines et politiques de formation. Elle repose sur les résultats de l’enquête DIFES2, dispositif d’information sur la formation employeur-salarié. Cette enquête couplée employeur/salariés s’appuie sur un échantillon de 1 813 entreprises du secteur privé d’au moins dix salariés dans lesquelles un échantillon de 1 à 15 salariés a été interrogé, soit 6 070 salariés au total. Ces entreprises sont répondantes à l’enquête CVTS4*.

Les auteurs ont dégagé  quatre configurations d’entreprises : « de structure simple », « d’ajustement au poste », de développement des compétences et de développement des capacités.  

Quelle est la portée de ces configurations en matière de stabilité de l’emploi ? À certaines caractéristiques individuelles égales, à taille d'entreprise et secteur équivalents, les configurations jouent significativement sur la probabilité de rester dans la même entreprise.

Parmi ces quatre configurations, la configuration de développement des capacités (6 % des entreprises et 25 % des salariés) offre une forte autonomie dans le travail, notamment dans la prise de décisions et la gestion des horaires. Les salariés sont confrontés à des situations d’apprentissage, de résolution de problèmes imprévus et de rotation de tâches, mais sont moins astreints aux normes de qualité et aux tâches répétitives. Contrairement aux autres configurations, les politiques de formation et de ressources humaines ne sont pas exclusivement guidées par un souci de performance de l’organisation. Elles sont, au contraire, attentives aux projets de mobilité horizontale ou promotionnelle des salariés, en s’appuyant sur un budget formation élevé (6,5 % de la masse salariale).  Cette configuration se caractérise par une part de salariés en CDI et une proportion de cadres plus importante que la moyenne des entreprises. Elle est surreprésentée dans les grandes entreprises, ainsi que dans l'industrie, les services financiers, les télécommunications. 

Ces entreprises «capacitantes» offrent des scénarios de flexibilité, elles laissent une place centrale au développement des personnes au travail. Elles semblent permettre  aux salariés qui quittent l’entreprise de trouver plus facilement un autre emploi. Une politique facilitant l’accès à différentes opportunités de formation et de mobilités internes pour les salariés, des apprentissages dans le travail et un dialogue tant individuel que collectif, paraît être une source de stabilité dans l’emploi et de sécurité d’employabilité. Vouloir articuler formation et parcours professionnels suppose aussi de penser la manière dont la formation s’articule au travail et au projet professionnel. 

Les premiers résultats de cette étude sont éclairants sur la manière dont la politique d’entreprise, dans ses interactions entre organisation du travail, gestion des ressources humaines et politique de formation peut influencer le devenir à court terme des salariés.

Prendre en compte l’étendue des opportunités offertes en termes de travail devient, dans une perspective de sécurisation des parcours, une visée prioritaire que seuls des dispositifs d’enquêtes couplés employeur-salarié longitudinaux seraient susceptibles d’éclairer. 

*L’enquête CVTS4 - Il s’agit de la vague 2010 de l’enquête Continuing Vocational Training Survey, coordonnée par Eurostat. Elle est conduite en France par le Céreq, en collaboration avec la Dares et l’Insee auprès de 5 360 entreprises de 10 salariés et plus du secteur privé et semi-public, hors agriculture, éducation et santé. Elle porte sur la formation continue pendant les heures de travail ou financée au moins en partie par l’entreprise pour son personnel. 

Pour en savoir plus :   Bref - n° 318 - Politiques d'entreprise et sécurisation des parcours : un lien à explorer.   Janvier 2014 - Jean-Claude Sigot et Josiane Vero

Télécharger le communiqué de presse :  Entreprises et sécurisation des parcours

Service presse : Marie Christine Antonucci  - servicepresse@cereq.fr – 04 91 13 28 94

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