Insertion professionnelle des jeunes : 2010-2013 – Premiers pas dans la vie active

Face à la crise, le fossé se creuse entre niveaux de diplômes

 

Au printemps 2013 dans le cadre des enquêtes Génération, le Céreq a interrogé un échantillon de 33 000 sortants de tous niveaux de formation parmi les 700 000 jeunes ayant arrêté leurs études en 2010. Cette génération aborde un marché du travail qui se détériore lourdement sur la période 2011-2013. En 2013, trois ans après leur sortie du système éducatif,  22% des jeunes actifs sont en recherche d’emploi.  Il s’agit du niveau le plus haut jamais observé dans les enquêtes d’insertion du Céreq. Toutefois, la hausse du chômage ne s’est pas accompagnée d’une dégradation de la qualité des premiers emplois. Et ce constat général masque en réalité des évolutions disparates entre les jeunes selon le niveau de diplôme. A la forte dégradation de l’insertion des non-diplômés, s’ajoute celle des CAP-BEP. A l’autre extrémité, même s’ils ne sont pas épargnés, les diplômés du supérieur long accentuent leur avantage en matière d’accès à l’emploi et de conditions d’emploi.

Après la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines à l’été 2010, les jeunes de la Génération 2010 arrivent sur un marché du travail détérioré. Sur la période 2011-2013, le chômage de la population active s’aggrave encore fortement. A la détérioration de la conjoncture économique s’ajoute la faiblesse de l’intervention publique traduite par la diminution des contrats aidés. La montée en charge des emplois d’avenir créés fin 2012 ne s’opère vraiment qu’au cours de l’année 2013.

Dégradation de l’accès à l’emploi 

Sous l’effet de l’approfondissement de la crise, après deux ans de vie active, le mouvement général d’accès à l’emploi s’inverse pour la Génération 2010 et son taux de chômage repart nettement à la hausse pour atteindre 22% au deuxième trimestre 2013 ; un niveau inédit dans la série des enquêtes Génération. Ces jeunes ont donc passé nettement plus de temps au chômage que leurs ainés. 12% d’entre eux ont connu une trajectoire éloignée de l’emploi, passant au final moins du dixième de leur temps en emploi. 

Maintien des conditions d’emploi 

Malgré un processus d’insertion affecté par la situation économique, les conditions d’emploi des jeunes ne se dégradent pas de manière significative. La part des emplois à durée indéterminée (CDI, fonctionnaires et non-salariés) et du temps partiel contraint sont globalement stables entre les  Générations  2004 et 2010. Le constat est valable à la fois pour la première embauche et pour l’emploi occupé trois ans après leur sortie du système éducatif. 

La moitié des jeunes salariés de la Génération 2010 débutent avec un salaire net mensuel supérieur à  1 340 €, un niveau plus élevé que leurs ainés  de la Génération 2004. Sous l’effet de la crise, leurs salaires progressent beaucoup plus lentement. Après trois ans de vie active, le salaire médian de la Génération 2010 est quasiment identique à celui de la Génération 2004 (en tenant compte de l’inflation). Au printemps 2013, il s’établit à 1 450 euros. 

Disparités d’insertion entre niveaux de diplômes accentuées 

Plus le niveau de formation augmente, plus le risque de chômage diminue. Les fortes disparités d’insertion entre niveaux de diplôme, déjà constatées dans les enquêtes précédentes, se trouvent encore accentuées pour la Génération 2010. Au bas de l’échelle, les jeunes sans diplôme ou faiblement diplômés ont vu leurs conditions d’insertion se dégrader lourdement. À l’autre extrémité, les diplômés d’école d’ingénieur, des formations médico-sociales supérieures et les docteurs ont bien résisté. 

A la forte dégradation de l’insertion des non-diplômés, s’ajoute celle des CAP-BEP 

Encore une fois, les non-diplômés sont en première ligne face aux dégâts causés par la crise. Leur taux de chômage atteint un niveau record de 48%. En moyenne, ils ont passé autant  de temps au chômage qu’en emploi. Face à ces difficultés d’insertion, 9% d’entre eux sont retournés en études à temps plein et 13% ont tenté la voie de l’alternance.

Les titulaires de CAP et BEP demeurent moins mal lotis que les non-diplômés. Mais leurs difficultés s’aggravent : leur taux de chômage atteint 32%, soit une augmentation de 15 points par rapport à la Génération 2004. Se maintenir en emploi devient plus difficile et seuls 29% d’entre eux ont passé presque tout leur temps en emploi sur la période. De plus, ces jeunes voient leur pouvoir d’achat stagner au cours de leurs trois premières années de vie active. L’insertion des jeunes titulaires de CAP-BEP des spécialités industrielles se détériore avec un taux de chômage désormais  équivalent à celui de leurs homologues des spécialités relevant des services. La concurrence avec les baccalauréats professionnels explique probablement une part de ces constats.

 

Zoom sur les diplômés du supérieur

Les sortants de l’enseignement supérieur court, BTS ou DUT, conservent des conditions d’accès à l’emploi favorables mais leur situation à trois ans est plus difficile que celle de leurs prédécesseurs. Toutefois, 70% d’entre eux trouvent leur premier emploi en moins de trois mois. Et trois ans après leur sortie, la part des emplois en EDI est stable. La dégradation est importante pour les spécialités tertiaires avec un taux de chômage qui atteint 16%.

Les diplômés de licence professionnelle paraissent relativement préservés ; 85% d’entre eux sont en emploi en fin de période avec un taux de chômage de 10%. Mais seuls les diplômés de licence professionnelle par apprentissage conservent un taux de chômage faible.

Les titulaires de licence générale restent les plus pénalisés.  En fin de période, par rapport à leurs ainés de 2004, leur taux d’emploi chute de 11 points et ils perdent du pouvoir d’achat.

Les diplômés de l’enseignement supérieur en santé-social (bac+2, bac+3 et docteurs) bénéficient d’un marché du travail assez réglementé. Nettement préservés du chômage, ils trouvent quasiment tous un emploi dès leur sortie de formation.

Pour les diplômés de l’enseignement supérieur long (bac+5 et plus), la détérioration est limitée. 76% d’entre eux accèdent à un premier emploi en moins de trois mois. Ils bénéficient de meilleures rémunérations à l’embauche, leur pouvoir d’achat progresse durant les trois premières années, mais dans une moindre mesure que leurs aînés. Les diplômés M2 subissent davantage les effets de la conjoncture. Leur taux de chômage à trois ans double entre les deux enquêtes, pour atteindre 12 %, niveau identique à celui des diplômés de l’enseignement supérieur court. Les diplômés en Lettres Sciences Humaines, Gestion, Droit sont les plus impactés.

À l’inverse, les ingénieurs et les docteurs, quelle que soit leur discipline, sont protégés de la dégradation économique et bénéficient toujours de conditions d’insertion favorables. Seul point d’ombre pour les docteurs, la part d’emplois à durée déterminée a encore augmenté.

 

Les femmes plus diplômées, résistent mieux à la crise

Fait nouveau : le taux de chômage féminin reste inférieur à celui des hommes sur les trois premières années d’insertion. Il est de 20% au deuxième trimestre 2013 (23% pour les hommes). L’évolution est comparable pour le taux d’emploi : celui des hommes diminue considérablement pour s’aligner sur celui des femmes. Les jeunes hommes sont plus que les femmes confrontés au chômage de longue durée.

Cet avantage relatif dû à un meilleur niveau de diplôme des femmes n’efface pas les inégalités sur le marché du travail. A diplôme égal, les femmes ont un taux de chômage plus élevé, leur salaire est inférieur… Elles subissent plus que les hommes le temps partiel contraint. Enfin, elles sont moins souvent embauchées en emploi à durée indéterminée.

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Dans un contexte conjoncturel dégradé, l’enquête Génération 2010 confirme que la transition de l’école à l’emploi s’avère bien plus difficile. Elle révèle surtout que les écarts entre les niveaux de diplôme se creusent. Ce phénomène n’est pas entièrement nouveau. Par le passé, ces disparités, accrues en période de mauvaise conjoncture, s’atténuaient dans la phase de reprise économique. Mais l’avenir nous dira si cette crise persistante aura simplement un effet conjoncturel ou si, de par son ampleur, elle aura bouleversé de manière plus structurelle l’insertion professionnelle des débutants.

Il reste qu’une partie des jeunes de cette Génération, pour la majorité sans diplôme, n’ont pas franchi en trois ans la barrière de l’emploi, avec un risque d’exclusion sociale accru. 

Contact presse : Marie-Christine Antonucci : servicepresse@cereq.fr  - 04 91 13 28 94

Lire le communiqué au format PDF :  CP - Génération 2010

Télécharger le dossier presse :  DP Enquête 2013 - Génération 2010

Lire le Bref n°319 BREF 319 : Face à la crise, le fossé se creuse entre niveaux de formation

En savoir plus : Diaporama conférence presse Génération 2010

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