Quand la formation continue

Repères sur les pratiques de formation des employeurs et des salariés

Etat des lieux à l’aube de la réforme 2014

 

La  loi relative à la formation professionnelle, à l'emploi et à la démocratie sociale, définitivement adoptée par les parlementaires en février 2014,  réforme en profondeur le système de financement de la formation professionnelle. À la suite de l'ANI (accord national interprofessionnel) du 14 décembre 2013 sur la formation professionnelle, la  loi entend passer d'une « obligation de payer » à une « obligation de former » pour les entreprises. Cette nouvelle loi acte avec encore plus de force  la coresponsabilité des employeurs et des salariés dans la mise en œuvre de la formation.

Les entreprises jouent-elles le jeu, répondent-elles à leurs obligations de formation ? Les salariés sont-ils informés de leurs droits ? Quelles difficultés et quels obstacles rencontrent les salariés les moins qualifiés ?  La formation a-t-elle un impact sur les changements professionnels ?

Cet ouvrage apporte de nombreux éléments de réponse et permet  une meilleure compréhension du système de formation professionnelle continue en dressant un état des lieux  à l’aube de la réforme. Ces repères statistiques sont  des points d’appui  essentiels pour apprécier les effets des mesures nouvelles.

 

Les sources

Les chiffres et commentaires associés sont issus des résultats de l‘exploitation statistique de cinq sources différentes. Sources entreprises et sources individus permettent de conjuguer deux regards complémentaires sur les pratiques de formation des salariés et des employeurs. Du côté entreprises : une première enquête européenne CVTS* dans sa version française décrit les pratiques de formation des entreprises et l’organisation du travail ; les déclarations fiscales 2483, source de nature administrative,  retrace de manière longitudinale l’effort physico financier des entreprises pour la formation de leur personnel.

Du côté salariés, l’enquête AES**, seconde source européenne décrit les pratiques de formation des salariés.

Le module « formation continue et changements professionnels » de  l’enquête Génération 2004 à 7 ans  apporte quant à lui des éléments innovants sur l’accès à la formation continue et permet ainsi de mieux articuler formation et parcours professionnels en début de carrière. Ces quatre sources se complètent par le dispositif d’enquêtes couplées DIFES2*** qui associe l’observation des politiques de formation des entreprises et le recueil des réponses de leurs salariés sur les formations suivies et les changements rencontrés dans leur travail.

 

L’accès à la formation 

La question de l’accès à la formation des salariés des petites entreprises est centrale dans la nouvelle loi. En effet, pouvoirs publics et partenaires sociaux s’accordent sur le fait que la loi doit donner « enfin les moyens de former plus ceux qui en ont le plus besoin, les travailleurs moins qualifiés, les demandeurs d’emploi, les salariés des très petites et moyennes entreprises, et surtout les salariés des secteurs fragilisés par les mutations économiques ». Les résultats  montrent bien le caractère discriminant de la taille de l’entreprise. 58 % des entreprises de 10 à 19 salariés ont organisé au moins une formation sous forme de cours ou stage pour au moins un de leurs salariés au cours de l’année ; elles sont presque toutes formatrices au-dessus de 250 salariés. De plus,  quand 16% des ouvriers des petites entreprises se forment, ce sont 66% des cadres des entreprises de plus de 2000 salariés qui accèdent à la formation.

Lorsqu’on met en évidence les facteurs qui favorisent la formation dans les petites entreprises, le recours à un organisme extérieur comme par exemple un  OPCA (organisme paritaire collecteur agréé) pour s’informer et prendre conseil sur l’offre de formation est déterminant pour que l’entreprise s’engage dans la formation. Ceci va dans le sens des missions de conseils dévolues désormais aux OPCA et le rôle qu’ils seront amenés à jouer pourra donc être apprécié au regard des pratiques actuelles des petites entreprises. 

 

Employeurs et salariés face à la formation 

La nouvelle loi introduit le compte personnel de formation,  les données  sur le DIF laissent présager  ce que pourrait être l’utilisation de ce compte par les salariés si rien ne vient le distinguer du dispositif auquel il succède. Il y a une forte méconnaissance du dispositif notamment pour les salariés occupant les postes les moins qualifiés. Seule un peu plus de la moitié des ouvriers déclarent en avoir entendu parler. L’accès au dispositif est resté très confidentiel puisque 5 % de salariés se forment dans ce cadre pour des durées tournant autour de 20 h. Alors que la majorité des salariés ont atteint le plafond de 120h.

Là encore, le contexte de l’entreprise est important. Au-delà de la taille et du secteur d’activité, ce qui importe c’est la diffusion de l’information et la pratique des entretiens professionnels où sont abordées les questions de formation en relation avec l’évolution professionnelle.

L’obligation d’organiser des entretiens professionnels pour tous les salariés est un point essentiel de la nouvelle loi. Avec la mise en place du  conseil en évolution professionnelle, l’accent est mis sur la nécessité d’informer les salariés.

Des progrès restent à faire du côté des salariés des petites entreprises. En effet, la totalité des entreprises de plus de 1000 salariés informent leurs salariés sur la formation, contre seulement trois quarts des entreprises de 10 à 19 salariés. Si les grandes entreprises de plus de 500 salariés ont généralisé l’entretien professionnel  à la quasi-totalité de leurs salariés, elles sont moins de la moitié à le faire quand elles emploient moins de 50 salariés.

Coté salarié, être informé sur la formation et participer à un entretien est fortement lié à la catégorie socioprofessionnelle  et les cadres en sont largement bénéficiaires.

Pourtant, dans les entreprises qui mettent en place des entretiens, les non-cadres voient leurs possibilités de formation croître beaucoup plus fortement que les cadres. Là encore, les pratiques de formation des salariés ne relèvent pas seulement de dispositions individuelles mais sont largement dépendantes du contexte d’entreprise et plus particulièrement des possibilités offertes aux salariés et des espaces de discussion mis en place autour de la formation.

 

Pratiques de formation et changements professionnels 

Les données issues de l’enquête Génération à 7 ans et l’usage du dispositif DIFES permettent d’appréhender les interactions entre pratiques de formation et changements professionnels. 

La formation n’accompagne pas forcément les changements dans le travail, puisque si 83 % des salariés disent avoir connu au moins un changement dans leur travail (accroissement de la polyvalence, de la complexité des tâches à accomplir, de l’autonomie …), ils ne sont plus que 35 % à avoir suivi une formation en lien avec ce changement. D’autre part, les changements de produit ou de technique sont davantage accompagnés de formation que la mise en place d’une nouvelle organisation du travail.

Dans les entreprises qui favorisent l’autonomie et les apprentissages dans le travail, la probabilité de mobilité des salariés est quatre fois plus forte que dans les autres entreprises et d’autant plus qu’elle s’accompagne de formation.  En début de vie active, certains changements dans le travail sont plus propices à la formation que d’autres. C’est le cas d’un changement de métier ou d’une promotion interne. Ces situations s’accompagnent de formation dans la moitié des cas.

22% des jeunes sortants du système éducatif en 2004 ont acquis un nouveau diplôme  sept ans plus tard soit près de 161 500 jeunes. Il existe donc pour les jeunes sortants de l’appareil scolaire de véritables parcours formatifs au-delà de la formation initiale. Ces formations diplômantes ont l’allure de formation de « réparation » car elles concernent 30% des sortants  sans diplôme du système scolaire et 35% des sortants sans diplôme  de l’enseignement supérieur.

 

*CVTS – Continuing Vocational Training Survey

** - AES – Adult Education Survey

*** - DIFES – Dispositif d’information sur la formation employeur-salarié

Quand la formation continue - Repères sur les pratiques de formation des employeurs et des salariés - Etat des lieux à l’aube de la réforme 2014

1er trimestre 201 – 101 p.

Coordination : Marion LAMBERT, Isabelle Marion-VERNOUX 

 

Lire le communiqué au format PDF :   Quand la formation continue : Etat des lieux à l’aube de la réforme 2014

Service presse : Marie -Christine ANTONUCCI – servicepresse@cereq.fr  - 04 91 13 28 94

 

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