Recruter et former : un enjeu pour adapter et stabiliser les salariés en entreprise

 

 

Même, et peut-être surtout, en période de chômage massif, tout recrutement est incertain. Un bon candidat fera-t-il un bon salarié ? S’intégrera-t-il correctement dans l’entreprise ? Les économistes ont proposé le concept d’appariement pour souligner qu’il n’existe pas de bons ou mauvais travailleurs a priori (avant l’embauche), mais que c’est la relation entre un travailleur et un poste qui se révélera a posteriori une réussite ou un échec. Dans le cadre d’exploitations d’enquêtes coordonnées par le Céreq, les auteures se sont intéressées à la formation des salariés qui viennent d’être recrutés. Cette nouvelle étude est centrée sur la qualité des appariements et les comportements de formation à l’embauche. Les données utilisées permettent ainsi d’approcher les liens entre formation à l’embauche et stabilité dans l’entreprise. Elle révèle que la formation à l‘embauche est souvent peu fréquente et inégalitaire, surtout pour les anciens chômeurs.

 

Pour augmenter la qualité des appariements, les entreprises peuvent améliorer la qualité des recrutements, une voie qui trouve vite ses limites. C’est donc par le levier de la formation qu’elles peuvent agir directement sur la qualité des nouveaux appariements et ainsi améliorer l’intégration des nouveaux salariés.

 

Les profils des nouveaux recrutés diffèrent sensiblement des salariés les plus anciens. Ils sont logiquement plus jeunes  et la  proportion de femmes est plus importante. La part des individus non ou peu diplômés est faible traduisant ainsi la hausse du niveau de diplôme des nouvelles générations. Quant au statut, la moitié des nouvelles recrues sont en CDI alors que la proportion de CDI est de 88% et au-delà pour les salariés ayant plus d’ancienneté.  Cela confirme ce que l’on sait de la surreprésentation des CDD dans les flux d’embauche par rapport à leur poids dans le stock de l’emploi total. En 2010, les recrutés étaient plus souvent au chômage ou en inactivité que les salariés recrutés avant cette date et toujours présents. En 2010, seuls 29% des nouveaux recrutés ont été formés, contre 48% des salariés ayant entre un et cinq ans d’ancienneté.

 

Le recours à la formation lors des recrutements reste donc marqué par le sceau de l’inégalité de traitement. Plus systématique pour les salariés à temps plein ou auparavant en emploi, il est réduit pour les anciens chômeurs. Et pourtant, sans que l’on puisse déterminer le sens de la causalité,  il y a bien pour les chômeurs un lien entre le fait de bénéficier d’une action de formation à l’embauche et la probabilité de se stabiliser  dans l’emploi.

 

Ce constat important met en lumière le rôle que peuvent jouer les représentants des salariés pour s’impliquer  dans l’entreprise au niveau du contenu des plans de formation ; mais aussi, à l’extérieur, dans le cadre des dispositifs nationaux issus de la négociation interprofessionnelle, qui lient l’embauche des chômeurs à leur formation au travail.

 

 Source : CVTS-4 (Continuing Vocational Training Survey), coordonnée par Eurostat et Difes2 (dispositif d’information sur la formation employeur salarié) menées par le Céreq, en collaboration avec la Dares et l’Insee.

 

Bref n°351 – Recruter et former : un enjeu pour adapter et stabiliser les salariés en entreprise ? 2016

Auteures : Guillemette de Larquier  (EconomiX, Université Paris Nanterre, CEET), Géraldine Rieucau, (LED, Université Paris 8, CEET) et Carole Tuchszirer (Cnam/Lise/CEET)

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