Un nouveau regard sur le marché du travail du spectacle vivant

Travail au projet, rythme discontinu de l’activité et instabilité de l’emploi, le marché du travail dans le spectacle vivant est singulier à plus d’un titre. L’étude réalisée en 2015 à la demande de la Commission professionnelle nationale emploi formation (CPNEF) du spectacle vivant apporte un nouvel éclairage en prenant en compte, l’ensemble des salariés, y compris ceux ayant travaillé une heure ou plus dans le secteur au cours d’une année complète. Plus de la moitié travaillent dans un autre secteur professionnel et exercent parfois un tout autre métier. Rares sont ceux qui peuvent vivre exclusivement de leur activité du spectacle. Pluriactivité et polyactivité sont par conséquence le lot de la plupart de ces salariés. 

 

Les volumes d’emploi dans le secteur et corrélativement les salaires issus de ces emplois sont très faibles. En moyenne, les salariés y travaillent moins de 463 heures annuelles pour gagner 6 928 euros nets. La pluriactivité va donc de soi, d’autant plus que les droits sociaux des artistes et techniciens du spectacle (vivant ou enregistré) reconnaissent et prévoient le fait d’exercer dans et hors du secteur. Externes au domaine du spectacle, les principaux secteurs d’emploi sont le secteur associatif (animation, loisir, tourisme),  la fonction publique et l’enseignement (culturel, secondaire, supérieur…). Ainsi, en considérant tous les emplois salariés le nombre moyen d’heures de travail passe à 833 heures. La pluriactivité a pour corollaire la polyactivité : 88% des salariés pluriactifs exercent un métier étranger au monde du spectacle. Les indemnités chômage provenant soit du régime général soit du régime spécifique propres aux professionnels du spectacle (annexes 8 et 10) ne sont perçues que par 38% des salariés.

La décomposition des volumes d’heures permet d’isoler trois grandes catégories. 32% des salariés du spectacle vivant sont considérés comme des professionnels réguliers. Ils dépassent les 500 heures annuelles dans le secteur. Ils vivent essentiellement de leur activité dans le spectacle vivant et dans une moindre mesure des indemnités chômage, qui ne représentent que 29% de leurs revenus.

La catégorie la plus importante numériquement est celle des salariés très occasionnels. 42% des salariés du spectacle vivant y travaillent moins de 100 heures par an, et 10% entre 100 et 199 heures. Pour ceux-ci la pluriactivité est très fréquente ce qui leur procure des compléments de revenus substantiels. Pour autant, leurs revenus annuels restent très faibles. Cette population peut être qualifiée de « polyactifs précaires du spectacle vivant ».

Enfin, les autres salariés se situent dans un halo d’emploi entre le très occasionnel et le régulier. Fréquemment pluriactifs, ils travaillent entre 200 et 500 heures par an. 58% d’entre eux reçoivent des allocations chômage. Les filets assurantiels viennent compléter de façon non négligeable leur revenu annuel.

 

Les très grandes inégalités qui partagent les salariés du spectacle vivant méritent d’être examinées au-delà de ceux qui accèdent au régime particulier d’indem­nisation chômage. À concentrer le regard sur ces derniers comme lors des débats en 2015, on laisse de côté plus de la moitié des intéressés. La fréquence de la pluriactivité supposerait vraisemblablement aussi une articulation des régimes de protection sociale et en particulier de celui du chô­mage. A défaut, les plus fragiles risquent de rester en dehors du système.

 

Pour en savoir plus :

Bref n°343 – La pluriactivité dans le spectacle vivant, quels effets sur la précarité salariale. Février 2016 – Auteurs : Alexandra d’Agostino et Michel Théry

Net.Doc n° 154 - Actualisation du contrat d'études prospectives du spectacle vivant, A.d'Agostino, M. Théry, avec la collaboration de Renaud Descamps et Carole Zavadski, février 2016.

Télécharger le communiqué au format PDF 

Contact presse : Marie-Christine ANTONUCCI servicepresse@cereq.fr – 04 91 13 28 94

Haut de page