cereq_article

Apprentissage : comment expliquer les disparités régionales ?

En 2013, les effectifs d’apprentis ont diminué de 2 %, en dépit d’une volonté politique toujours réaffirmée de dynamiser le dispositif. L’Etat n’est pas seul maître à bord en la matière, les conseils régionaux jouant le rôle de grand coordonnateur. Quels sont les facteurs qui permettent de mieux comprendre les freins au développement de l’apprentissage en région, et donc d’identifier les marges de progrès ? Réalisée en 2013 pour la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), une enquête auprès de l’ensemble des parties prenantes en région identifie quatre facteurs clé.

 

Les services déconcentrés de l’Etat peuvent être activés utilement comme interface entre les conseils régionaux et les branches ou les organisations professionnelles

Sur fond de crise économique et de baisse des effectifs, l’apprentissage ne cesse d’être au cœur des réformes. Acte III de la décentralisation, loi sur la formation professionnelle, les pouvoirs publics ont en ligne de mire son développement pour accroitre les chances d’insertion des jeunes. Cependant, la déclinaison de cette orientation nationale aboutit à des concrétisations locales disparates et le poids de l’apprentissage varie d’une région à l’autre. 

Les écarts de développement de l’apprentissage trouvent leur source dans la façon dont s’élaborent et se mettent en œuvre les politiques régionales. Les analyser au plus près de la réalité de terrain permet d’ identifier les freins  à la croissance des effectifs, ainsi que les marges de progrès.

L’étude, fondée sur plus d’une centaine d’entretiens en région, met en évidence quatre facteurs qui influent sur l’expansion de l’apprentissage :

  • L’histoire du système éducatif régional, conditionnant l’implantation de l’apprentissage et son articulation, plus ou moins réussie, avec les autres voies de formation professionnelle initiale. Ainsi, une région où la formation professionnelle est essentiellement réalisée au sein des lycées a pu connaître sur une période récente une évolution importante des effectifs d’apprentis du fait d’une forte mobilisation de l’Éducation nationale (CFA académique) dans ce sens.
  • Les contextes socio-économiques régionaux. Certaines variables pèsent de tout leur poids, comme la structure du tissu productif (TPE/grandes entreprises, salariat/artisanat) ou la dynamique de croissance économique.
  • La hiérarchie des priorités politiques. Les régions se différencient par leurs choix stratégiques. Le débat sur la pertinence du développement de l’apprentissage au niveau de l’enseignement supérieur est emblématique. Bien qu’en adéquation avec les nécessités d’élévation du niveau des qualifications, ce point est remis en question car il conduit, aux yeux de beaucoup, à amoindrir l’apprentissage aux niveaux V et IV.
  • Les modes de gouvernance de l’action publique : le degré de consensus entre acteurs, le partage des objectifs, le mode de pilotage et la question cruciale de l’articulation du système éducatif avec le monde des entreprises.

Les points de vue convergent pour dire qu’un bon fonctionnement du système d’apprentissage passe par un partenariat robuste. Or, il peut être entravé lorsqu’un acteur accapare le leadership ; aucun ne possède en effet la capacité d’intervention, notamment financière, pour réaliser, seul, une politique. 

 

Certes, le Conseil régional demeure la plupart du temps l’acteur pivot de la politique d’apprentissage, mais son action aura d’autant plus de succès qu’elle impliquera la participation de tous.

 

Les services déconcentrés de l’État ont un rôle important à tenir dans la promotion et le pilotage de l’apprentissage. Dans certaines régions, le rôle de l’Éducation nationale dans la construction de l’offre est plus ou moins actif parce que plus ou moins reconnu, au-delà de ses traditionnelles tâches de contrôle. Ailleurs, les domaines d’intervention des autres services déconcentrés de l’Etat*, pour lesquels ils sont sollicités et reconnus, s’élargissent. Leur légitimité d’action n’est plus désormais confinée au seul exercice de mise en conformité budgétaire. Leurs compétences sont aussi mobilisées pour enrichir, au plan régional, l’analyse prospective des besoins à l’échelle des territoires ; ils peuvent aussi être activés utilement comme interface entre les conseils régionaux et les branches ou les organisations professionnelles.

 

*Direction régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE), Direction régionale de l’agriculture et de la forêt (DRAF)…

 

Pour en savoir plus

Contact presse et auteurs

 

Consulter nos travaux sur l'apprentissage

 

Autres articles

 
Haut de page