Les jeunes diplômés sont-ils de plus en plus déclassés en début de vie active ?

Le déclassement des jeunes est considéré comme massif pour certains et d’une ampleur limitée pour d’autres, chacun utilisant une mesure différente. Une étude du Céreq compare les données recueillies tout au long des enquêtes Génération pour examiner  l’évolution des décalages entre le niveau de diplôme des jeunes issus de l’enseignement supérieur et la  qualification des  emplois qu’ils occupent. Elle met ensuite en évidence les disparités entre filières et la non concordance entre les mesures objectives et subjectives du déclassement.

Le déclassement est défini comme le décalage défavorable entre le niveau de formation d’une personne et la qualification de l’emploi qu’elle occupe. Les analyses sur ce thème sont nombreuses mais, selon la méthode mobilisée, les résultats ne concordent pas. Deux types de déclassement peuvent être observés :

- un déclassement « dit » objectif, mesuré à partir des niveaux de diplôme et d’emploi occupé, et établi selon une « norme » de correspondance de type : diplôme BTS = emploi de technicien ;

- un déclassement subjectif correspondant au vécu des individus.

 

Les deux types de déclassement ne coïncident pas nécessairement, un jeune objectivement déclassé (diplômé de BTS occupant un emploi d’ouvrier qualifié) pouvant ne pas s’estimer dans cette situation.

 

L’étude de Philippe Lemistre (*) s’appuie sur les résultats des enquêtes Génération du Céreq de 1995 à 2010, pour mettre en évidence la complexité de ce phénomène pour les diplômés du supérieur.

 

Tout d’abord, les concordances « objectives » entre diplômes et emplois diffèrent fortement selon les filières et le niveau de formation. Il est donc nécessaire d’analyser les résultats selon ces deux critères pour en distinguer la diversité.

Ensuite, lorsqu’on confronte le déclassement dit objectif à  la perception qu’en ont les jeunes, les deux mesures ne se recoupent pas. Un croisement des deux notions permet donc de mesurer l’ampleur réelle du déclassement.

Ainsi, en 2010, le pourcentage de jeunes diplômés du supérieur objectivement déclassés diffère de plus de 15% entre les bac+3 et les bac+5.

Globalement, entre 10 et 15 % de jeunes diplômés du supérieur sont objectivement et subjectivement déclassés. 

La responsable du département Entrées et évolutions  dans la vie active du Céreq, complète cette lecture du déclassement  dans un extrait de son interview (*).  A la question : Quelle est la philosophie générale de vos enquêtes et en quoi sont-elles un outil d’orientation pédagogique ou politique ?, Isabelle Recotillet répond : «  Nos enquêtes sont surtout destinées aux acteurs de l’insertion professionnelles ainsi qu’aux décideurs publics. Les informations que nous fournissons aux pouvoirs publics alimentent ainsi divers débats sur l’évolution du système éducatif.  Nous constatons par ailleurs à chaque enquête qu’environ un jeune sur deux occupe un autre emploi que celui pour lequel il a été formé, alors qu’une bonne correspondance entre la formation et l’emploi est un objectif recherché par les politiques éducatives. Cette donnée est toutefois moins vraie pour les diplômés du supérieur, avec environ six jeunes sur dix qui obtiennent au cours de leurs trois premières années de vie active un emploi dans un domaine correspondant à leur formation. Cependant, cette moyenne dissimule des disparités importantes, notamment avec les filières professionnelles courtes, pour lesquelles le taux d’ajustement à la formation est nettement plus élevé. Un des objectifs pionniers des enquêtes longitudinales d’insertion et leurs enseignements est ainsi de montrer que l’insertion est un cheminement non linéaire qui s’étale qui plus ou moins dans le temps sous des formes relativement variées.

 

Contact presse et auteur 

(*) « Le déclassement entre mythe et réalité », un article publié dans « Un diplôme et après ? » un dossier d’Alternatives économiques, co-écrit avec le Céreq, la Dares et l’Onisep

 

Philippe Lemistre, interrogé par France Info :

 

 

 

Les contributions du Céreq :

« Dans un contexte difficile les jeunes sont en première ligne »
 Une interview de Isabelle Recotillet, chef du département Entrées et évolutions dans la vie active (DEEVA).
 Chômage accru, précarité en début de carrière… Les diplômés ressentent les effets de a crise ; néanmoins, la démocratisation de l’enseignement supérieur se poursuit.

« Le déclassement entre mythe et réalité »
Par Philippe Lemistre,  voir article ci-dessus.

« La bonne insertion des apprentis du sup »
 Par Arnaud Dupray, Emmanuel Sulzer et Isabelle Recotillet
 L’apprentissage se développe dans l’enseignement supérieur, en particulier dans les licences professionnelles, les BTS, Les DUT et les écoles d’ingénieurs. A l’issue de leur formation, les jeunes apprentis connaissent de meilleures conditions d’insertion que ceux formés par la voie scolaire.

« Entrer sur le monde du travail avec une licence »
 par Dominique Epiphane
 En Europe, la licence est un niveau pertinent de sortie du système éducatif. Dans ce cas en France, mieux vaut toutefois être diplômé d’une licence professionnelle que d’une licence générale.

« Que faire avec un doctorat »
 par Julien Calmant
 Malgré la crise et un chômage assez élevé parmi les docteurs, les débouchés dans la recherche publique se maintiennent. L’insertion de ses diplômés, dans le privé, comme dans le public, dépend des conditions de réalisations de leur thèse, mais aussi de la discipline choisie.

« Diplômés du supérieur et issus de l’immigration»
 Thomas Couppié
 L’insertion professionnelle des jeunes descendants d’immigrés sortant de l’enseignement supérieur est plus difficile que celles des autres diplômés. Etudes moins longues, familles touchées par le chômage, mais aussi discriminations spécifiques, expliquent ce phénomène.

 

Pour en savoir plus

Nos études sur ces thèmes

Quelle relation entre la formation et l'emploi ?.
Les enquêtes génération.
L'insertion des jeunes après un enseignement supérieur.
Notre ouvrage : L'Ecole est finie
 

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