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« BTS et DUT », ou le niveau III professionnel en questions…

Par Georgie Simon Zarca*

Les BTS et les DUT sont, en France, les deux diplômes emblématiques de l’enseignement professionnel supérieur court. Créés respectivement en 1951 et 1966, ils répondaient alors à un besoin de formation de jeunes à même d’occuper des fonctions intermédiaires entre ouvriers et employés d’une part, cadres et ingénieurs d’autre part.

Jusqu’au début des années 90, le Céreq conduit de nombreux travaux sur la place effective des titulaires de ces formations dans le système d’emploi (1). Les résultats montrent par exemple l’ambiguïté du titre de technicien supérieur qui reste avant tout un titre scolaire ; ils informent sur la façon dont les diplômés se répartissent dans les secteurs d’activité et les professions ; ils mettent l’accent sur les phénomènes de concurrence générés par l’arrivée de nombreux jeunes ingénieurs dans l’industrie (2), (3).

On note par ailleurs des différences importantes entre diplômes industriels et tertiaires. Les premiers génèrent en effet une double compétence technologique et conduisent à des emplois dont les statuts, les fonctions et les filières de mobilité sont relativement homogènes. Les seconds permettent d’acquérir des compétences plus polyvalentes qui nécessitent souvent une formation complémentaire pour leurs titulaires (4).
 La spécialité joue aussi sur la qualité de l’insertion, au détriment de certaines formations tertiaires. L‘accès à l’emploi des diplômés est moins rapide, plus précaire, la reconnaissance des emplois dans le système de classification est plus incertaine (5).

A l’orée des années 2000, un étudiant sur six suit un cursus en STS ou en IUT contre environ un étudiant sur vingt au début des années quatre-vingt. Cette expansion n’est pas seulement quantitative. Elle se traduit aussi par une diversification des spécialités de formation couvrant une large gamme d’activités industrielles et tertiaires. A travers des observations sectorielles fouillées et des rapports d’opportunité sur la création de diplôme, le Céreq contribue au cours de la période au processus de construction de cette offre de formation (6), (7). En matière d’analyse de l’insertion il développe dans le même temps de nombreux travaux sur l’impact de la conjoncture, sur le rôle des mobilités géographiques, sur les phénomènes de déclassement et de concurrence observés au cours des premières années de vie active des jeunes issus de ces filières (8), (9), (10).

Au-delà de l’effet du diplôme, la question de l’impact des parcours de formation sur l’insertion est une thématique qui se développe depuis quelques années au Céreq. Elle émerge tout d’abord à propos des mouvements de poursuite d’études enregistrés dans certaines filières professionnelles de l’enseignement supérieur court (11). L’impact de la sélectivité de ces filières pour expliquer leur meilleur rendement au moment de l’entrée sur le marché du travail est aussi introduit dans les analyses (12).
 
 La coexistence et la vitalité des STS et des IUT invitent à s’interroger aujourd’hui sur leur positionnement, alors que les niveaux III de formation sont manifestement en décalage avec les cursus LMD en vigueur dans l’enseignement supérieur. L’analyse des conditions d’orientation et d’insertion et des parcours de formation des titulaires de ces diplômes sont des matériaux que le Céreq porte utilement au débat public (13, 14)

(*) Georgie Simon Zarca était chargée de mission, Céreq.

 

Bibliographie

(1)
  La place des techniciens dans le système d’emploi
 Guillon R. Bref, n° 46, 1989.
(2)
 « La socialisation professionnelle de jeunes BTS-DUT : entre diplômes et statut, des identités incertaines »
 Bouffartigue P. Formation emploi, n° 45, p. 3-23. 1994.
(3)
 Le risque du changement industriel : l’organisation à l’épreuve des hommes
 Bonnafos, G. de. Bref, n° 61, 4 p.1991.
(4)
 BTS et DUT tertiaires : quelle professionnalisation ?
 Guitton R. Collection des Etudes n° 35. 76 p. Céreq. 1988
(5)
 « Perspectives récentes sur l’insertion des diplômés des IUT et des STS »
 Pigelet J.-L., Formation emploi, n° 26, p. 22-36. 1989
(6)
 Electrotechnique, électronique et informatique industrielle : des contenus d’enseignement aux situations de travail
 Eckert H., et al. Collection Document n° 146, série Evaluation. Marseille, Céreq, , 90 p. 1999
(7)
  Les métiers du tourisme : approche nationale
 Guitton C., et al., 121 p. Net.Doc n° 23. 2006.
(8)
  Comment l’offre de formation influence l’insertion : le cas du BTS informatique de gestion
 Maillard D., Veneau P. Bref, n° 269, 4 p. 2009.
(9)
  Pourquoi changer de région en début de vie active ? La mobilité des diplômés de BTS et DUT
 Joseph O., Roux V. Bref, n° 210, 4 p. 2004.
(10)
  « Mesurer le déclassement à l’embauche : l’exemple des DUT et des BTS »
 Giret J.-F., Hatot C. Formation emploi, n° 75, p. 59-73. 2001. 
(11)
  « Les poursuites d’études dans les filières professionnelles de l’enseignement post-secondaire français : l’exemple des STS, des IUT et des Ecoles »
 Cahuzac E., Plassard J.-M., Formation emploi, n° 58, p. 27-43.  1997.
(12)
  Filières professionnelles et générales à l’université : l’impact du parcours sur l’insertion . Eléments d’analyse pour les L3
  Lemistre P., Net.doc n° 69. 16 p. 2010.
(13)
  Les étudiants des STS et des IUT : comparaison des conditions d’orientation, des parcours de formation et d’insertion
 Grelet Y., Romani C. Timotéo J., 97 p. Net.Doc n° 65. 2010.
(14)
  Entrer en STS ou IUT, et après ?
 Grelet Y., Romani C. Timotéo J. Bref, n° 275, 4 p. 2010.

Ce texte à été écris en octobre 2010. Consulter les publications les plus récentes sur les thèmes de la formation et de l'insertion.

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