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N°4 - Les blocs de compétences, une notion floue, des effets incertains

14 février 2018

Le rapport de Sylvie Brunet « pour le développement de l’apprentissage » (à lire ici), remis le 30 janvier 2018 au gouvernement, comporte des préconisations relatives à l’offre de formation et de certification. Parmi celles-ci, la nécessité de revoir les diplômes tous les 5 ans et de découper les référentiels en « blocs de compétences ». En quoi consistent t’ils ? Comment s’opère le découpage ? Et quel est leur intérêt pour les individus ?

La notion de bloc de compétences a fait son apparition dans la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale. En même temps qu’elle crée le compte personnel de formation (CPF), cette loi prévoit que les formations éligibles au CPF sont celles sanctionnées par une certification enregistrée au répertoire national des certifications (RNCP) ou« permettant d’obtenir une partie identifiée de certification professionnelle, classée au sein du répertoire, visant l’acquisition d’un bloc de compétences ». Ce nouvel outil participe d’une volonté partagée des partenaires sociaux et du législateur de sécuriser les parcours professionnel. Il symbolise bien l’esprit de la loi qui établit une personnalisation des droits à la formation, ceux-ci étant désormais attachés à la personne, au travers du CPF.

En introduisant cette notion de « bloc de compétences » sans lui apporter de définition opérationnelle, le législateur a semé le trouble dans le paysage de la certification professionnelle. Un paysage déjà pour le moins complexe, manquant de lisibilité et de cohérence, comme l’avait souligné un rapport des inspections sur l’évaluation de la politique de certification professionnelle en 2016 (à lire ici).

Un risque de balkanisation du système de certification

Une étude menée conjointement par l’AFDET et le Céreq sur cette question (à lire ici), a montré qu’à la mi-2017, le processus de découpage en blocs de compétences était plus ou moins avancé selon les certificateurs(ministères, branches professionnelles, organismes privés ou consulaires), chacun ayant adopté un mode d’élaboration spécifique. Si des phases communes de construction existent, le découpage en blocs s’opère de façon très hétérogène d’un certificateur à l’autre.

Dans certains cas, le bloc renvoie à un sous-ensemble du référentiel d’activités, dans d’autres à celui du référentiel de certification, la terminologie utilisée étant elle aussi fort variable. De même, il n’est pas toujours aisé de trouver une articulation claire entre blocs de compétences et unité certificative. Se pose aussi la question de la place des savoirs généraux et de leur mise en relation à un contexte professionnel. L’Education nationale, jusqu’à présent, a fait le choix de distinguer « des blocs de compétences généraux » à côté « des blocs de compétences professionnels » pour ses diplômes délivrés dans le cadre de la formation continue ou de la validation des acquis de l’expérience (VAE).

La construction des blocs pourrait, sans une régulation d’ensemble, conduire à une amplification du flou des compétences et des savoirs des individus sur le marché du travail avec un risque fort de balkanisation du système de certification.

Vers plus de transversalité ?

Les certificateurs partagent dans leur ensemble l’idée du maintien d’une certaine unicité du diplôme en prévoyant par exemple de ne délivrer que des attestions de compétences, l’objectif final étant bien l’acquisition d’une certification complète, à l’issue d’un parcours progressif d’acquisition des compétences. Paradoxalement, s’organise pourtant chez certains une « autonomisation » des unités certificatives. C’est le cas des certificats de compétences du ministère du Travail, délivrés toutefois pour une durée limitée.

A termes, cette logique de construction de parcours professionnel sur la base de l’acquisition progressive de blocs de compétences devrait reposer sur une plus grande cohérence du système de certifications, en créant notamment des blocs communs soit pour un même certificateur (notamment sur des compétences transversales), soit entre différents certificateurs (organisation de passerelles), ou encore en mettant en place des systèmes d’équivalences des blocs de compétences entre plusieurs certificateurs. Certains avancent déjà dans ce sens comme le ministère de la Jeunesse et de Sports, ou les partenaires sociaux dans le cadre de la mise en œuvre de certificats de qualifications professionnelles interbranches.

De son côté, la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP) a entamé une réflexion sur le sujet et prépare un document de recommandation à l’attention des organismes demandeurs d’un enregistrement de leur certification au RNCP. De même, à l’heure où s’achève la concertation sur l’apprentissage, le rapport de S. Brunet, va dans le même sens en préconisant la création de CPC interministérielles regroupant des ministères différents correspondants à une même famille professionnelle, et en envisageant de confier l’élaboration des référentiels d’activités aux branches professionnelles.

Des questions en suspens

Les  blocs de compétences font donc leur chemin dans le paysage de l’ingénierie de certification. A ce jour, les observateurs ne sont pas vraiment en capacité de mesurer l’impact réel de leur mise en œuvre sur la construction des parcours professionnels, le recours effectif à son usage par les entreprises ou la population active, ainsi que les modes de reconnaissance qui leurs seront associés. Et de nombreuses questions demeurent.

  • L’acquisition de blocs de compétences suppose de la part des individus des capacités à se guider dans un univers mouvant autant du côté des formations que des emplois. Quid de l’accompagnement des personnes dans leurs démarches d’obtention d’une certification à partir de l’accumulation de plusieurs blocs de compétences ?
  • Quelle relation établir entre blocs de compétences et certifications ? Le bloc de compétences a-t-il vocation à s’autonomiser et devenir ainsi indépendant d’une certification inscrite au RNCP ? Une même compétence peut-elle apparaître dans plusieurs blocs d’une même certification ?
  • Enfin, qu’en est-il de la reconnaissance sur le marché du travail de ces « bouts » de certifications ? Remettent-ils en cause la notion de qualification jusqu’ici attestée par l’aptitude à exercer un métier et/ou une fonction acquise par expérience et/ou formation avec pour élément de preuve l’acquisition d’un diplôme, d’un titre, d’un CQP délivré dans son intégralité ? Risque t-on d’assister à un effritement de la notion de qualification et des repères professionnels et sociaux qui lui sont attachés ?

Les blocs de compétences dans le système de certification professionnelle : un état des lieux, Françoise Amat et alii, Céreq Echanges n°4, 2017.

 

Contact : Françoise Kogut-Kubiak, chargée de mission Céreq

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