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La mobilité géographique des jeunes, 20 ans d'études du Céreq

 

Par Patrice Caro et Mélanie Vignale *
 

Mesurer les mobilités géographiques consiste à repérer les personnes qui franchissent une frontière. Il peut s’agir d’une frontière administrative (commune, département, région ou pays) ou d’un découpage défini à l’aide de méthodes statistiques (zone d’emploi, aire urbaine, bassin de vie…). Ces mobilités s’apparentent parfois à un changement de résidence. De ce point de vue, les jeunes âgés de 15 à 30 ans et les retraités constituent les deux classes d'âges les plus mobiles en France. C'est ce que montrent l'INSEE et l'INED (Institut National des Etudes Démographiques), qui consacrent une partie de leurs travaux à l'étude de ces phénomènes. Les migrations résidentielles ne sont pas les seuls mouvements migratoires observables : les navettes pendulaires (domicile - travail, domicile - études) ou encore les mobilités en cours d’études constituent d’autres exemples.

Au Céreq, les travaux conduits se focalisent sur les mobilités des jeunes en phase de poursuite d'études ou d'insertion professionnelle. Les enquêtes de l'Observatoire national des entrées dans la vie active, et le dispositif d'enquêtes « Génération » du Céreq constituent l'essentiel des matériaux utilisés pour quantifier et qualifier les flux migratoires de jeunes qui sortent du système éducatif. On trouve dans la publication « Qui forme pour qui ? L'enseignement supérieur et l'emploi » (1) une des premières tentatives d'estimation de ce type de flux, au niveau interrégional. D’autres ont suivi, parfois à des échelles plus fines, comme la zone d’emploi (2). Plus récemment, un exercice similaire a été reproduit dans le Bref « Mobilités interrégionales de jeunes diplômés du supérieur : qui forme pour qui ? » (2). Il analyse les mouvements des jeunes à la sortie d’études supérieures, et dresse une typologie des régions selon leurs soldes migratoires à la fois en cours d’étude et en début de vie active. Si cette approche de la mobilité concerne souvent les plus diplômés, c’est que cette population dispose de la plus forte propension à migrer (4). En effet, alors qu’en moyenne, un jeune sur cinq change de région au cours des trois ans suivant la fin des études, cette proportion passe à 44 % si l’on considère les titulaires de bac + 5 et au-delà (données de l’enquête Génération 2010).

Une autre catégorie de travaux s’intéresse aux séjours à l’étranger en cours d’étude. L’enquête Génération permet en effet de savoir si les jeunes ont séjourné dans un autre pays durant leur cursus, ou spécifiquement lors de la dernière année de formation. Il est alors possible de décrire ces séjours en lien avec le profil des jeunes. Plus ambitieux, on souhaite aussi mesurer l’impact de ce type d’expérience sur l’insertion ultérieure des jeunes (5).

Tenter d'expliquer le « rendement » et les déterminants de la mobilité géographique est une autre constante dans les travaux du Céreq. Les analyses conduites mobilisent pour cela des facteurs « macro » et « micro ». Parmi les premiers on peut citer les caractéristiques de l'offre régionale de formation, le type de filière et de discipline suivies, la structure et la qualité des emplois, le fonctionnement du marché régional du travail, ou encore l'effet de politiques publiques locales. Mais d'autres types de facteurs sont également mobilisés pour interpréter les mobilités géographiques. Il s'agit du comportement individuel de prise de décision, en lien avec le genre, du niveau de diplôme, des caractéristiques économiques et sociales de l'individu, de l'effet des expériences de migrations en cours d'étude, voire des effets des représentations associées aux carrières et aux lieux (villes et régions attractives ou répulsives (6) (7)).

Les méthodes mobilisées pour étudier les flux et les facteurs explicatifs de la mobilité sont avant tout quantitatives (modèles gravitaire, LOGIT, analyses multivariées, etc.), mais les approches qualitatives sous formes d'entretiens biographiques par exemple sont également mobilisées. Le caractère pluridisciplinaire du Céreq et de son réseau de centres associés joue ici à plein (sociologie, économie, sciences politiques, géographie). (8)

 (*) Patrice Caro est directeur de l'ESO-Caen (ex CRESO), co-directeur du centre associé au Céreq, Université de Caen Basse-Normandie. Mélanie Vignale est chargée d'étude au Céreq.

 

Références bibliographiques

 
 (1) Qui forme, pour qui ? Les régions, l'enseignement supérieur et l'emploi
 Charlot Alain, Chevalier Luc, Pottier François, collection Etudes, n° 55, août 1990. 73 p.

 
 (2)   Quelles mobilités géographiques en début de vie active ?
 Margirier Gilles, Formation emploi, juillet-septembre 2004, n° 87, pp. 15-27.

 

(3) Mobilités interrégionales de jeunes diplômés du supérieur : qui forme pour qui ? 
Mélanie Vignale, Bref, 2016, n°347

 

 (4) Bacheliers, étudiants et jeunes diplômés : quels systèmes migratoires régionaux ?
Baron Myriam, Perret Cathy, Espace géographique, 2006, n°1, 21 p.

 
 (5)  Séjours à l'étranger en cours d'études, une plus-value sur l'insertion en France ?
Julien Calmand, Pascale Rouaud, Emmanuel Sulzer. Bref, n° 348, 2016, 4 p. 

 

 (6) Emploi des jeunes : la dimension spatiale des systèmes formation-emploi
 Patrice Caro, Espace géographique, 2006, n° 3, pp. 223-240

 
 (7) La mobilité géographique des jeunes ouvriers et employés est-elle rentable ?
Lemistre Philippe, Magrini Marie-Benoît, Economie et prévisions, 2008, n° 185, pp. 63-88.
 
 
 (8) Approches de la mobilité étudiante
Giret Jean-François (coord.), Stoeffler-Kern Françoise (coord.), 2009, 121 p.Net-Doc, n° 48.

 

 

 

 

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