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La prospective des métiers et des qualifications au niveau sectoriel et régional

Par Aline Valette et Christophe Guitton *

( texte actualisé août 2015)

 

La prospective des métiers et des qualifications à la fois au niveau régional et au niveau sectoriel est un thème qui a été très exploré par les travaux menés conjointement entre le Céreq et France Stratégie.

La prospective des métiers et des qualifications au niveau régional

La capacité d’expertise technique autour de la question de la prospective des métiers et des qualifications est devenue, avec le renforcement de la décentralisation et le rapprochement des logiques d’intervention entre formation et emploi, un enjeu important pour les acteurs régionaux. L’enjeu de la période qui s’ouvre consiste à construire les ponts entre ces analyses et la mise en œuvre des politiques publiques. 

La publication d’un guide d’appui méthodologique intitulée  « Prospective des métiers et des qualifications, quelle démarche suivre à l’échelon régional ? », co-édité par France Stratégie et le Céreq, en avril 2014, a permis de réunir un grand nombre de démarches réalisées en région, de les organiser par grand type d’entrées dans la question de la PMQ tout en identifiant les enjeux de politique publique et les différents registres d’action. L’objectif était de capitaliser ces expériences et d’en tirer tous les enseignements, d’aider au développement de dynamiques d’apprentissage et d’échanges collectifs.

Au-delà de la grande diversité que le document met en exergue, ces démarches sont toutes des éléments facilitateurs du partenariat. Ces regards croisés sur la démographie, l’appareil productif, l’emploi et l’offre de formation et les confrontations impulsées entre experts, techniciens, opérationnels et décideurs, servent la dynamique de concertation en région de façon très utile.

Ce dernier point est illustré dans le Bref du Céreq intitulé « La prospective des métiers et des qualifications, un outil pour renforcer la concertation régionale », publié en décembre 2014. En région, le pilotage et l'orientation de l'offre de formation sont de plus en plus alimentés par les démarches de prospective des métiers et des qualifications. Au-delà des éléments de cadrage qu'elles fournissent, elles sont un outil au service de la concertation dans un domaine où la gouvernance est partagée entre différents acteurs. « Elles provoquent la discussion lors de la construction des dia­gnostics partagés et lors de la présentation des résultats et scénarios. (…)

Dans le cadre du pilotage de l’offre de for­mation, les démarches de PMQ ont poten­tiellement la capacité d’instruire la question des relations entre développement territorial et formation.»

Pour autant, la prospective des besoins en formation ne découle pas « naturellement » de la prospective des métiers et des qualifications.

Il existe de nombreuses limites techniques et théoriques. Passer de projections d’emploi à des postes à pourvoir nécessite d’interroger les modes d’alimentation des métiers. Passer des postes à pourvoir aux besoins en renouvellement de main-d’œuvre demande une prise en compte des différents types de mobilités professionnelles, toujours contrainte par des difficultés techniques et l’absence de données. Enfin, le degré de correspondance entre spécialité de formation et métier est très variable et plutôt ténu. Globalement, moins d’1 pers sur 2 occupe un emploi en correspondance avec sa spécialité de formation. Il faut également garder à l’esprit les apports d’un ensemble des travaux théoriques en économie du travail (théorie du signal, appariement…) qui insiste sur le fait que la formation soit un signal parmi d’autres pris en compte par les entreprises lors des recrutements.

La prospective des métiers et des qualifications au niveau sectoriel

Symétriquement au groupe de travail sur la PMQ en région, un groupe de travail a réuni une douzaine d’observatoires de branches[1].

La principale conclusion est un constat d’hétérogénéité. La prospective sectorielle des métiers et qualifications fait certes l’objet, d’un observatoire à l’autre, d’une définition générale et a priori consensuelle la présentant comme une « démarche visant à anticiper les grandes tendances d’évolution d’une branche ou d’un secteur et à mesurer leur impact sur l’emploi et les métiers ».

Pour autant, cette définition recouvre en réalité un foisonnement de travaux caractérisés par une grande diversité. Non seulement il n’existe pas de démarche idéale typique mais on observe une multiplicité d’entréesdifférentes dans la question de la prospective selon que les instances paritaires de branche se préoccupent de l’avenir du secteur, du devenir des métiers, de l’évolution de l’emploi, des besoins en recrutements ou en qualification, ou même de la relation formation-emploi. Ces approches ne sont bien évidemment pas exclusives les unes des autres mais les travaux pilotés par les OPMQ ont presque toujours un point d’entrée spécifique.

La prospective du secteur

La prospective du secteur vise à anticiper les évolutions d’un secteur, d’une branche ou d’une filière (périmètres différentes) et à mesurer l’impact sur 1. La demande de travail (activité économique, emploi, besoins en recrutement) et/ou 2. Les métiers (contenus d’activités, besoins en compétence, besoins de formation).

La prospective du secteur peut avoir une finalité propre, lorsque la question de l’avenir même d’une branche est posée mais, le plus souvent, elle a une finalité intermédiaire : constituer le socle d’autres exercices (prospectives des métiers, de l’emploi, des besoins…).

Ses usages sont multiples : orienter la politique emploi-formation de la branche à moyen terme, déclencher, en tant que de besoin, des plans de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) ou Gestion territoriale des emplois et des compétences (GTEC) , confirmer ou infirmer le diagnostic des acteurs quant au devenir même de la branche, du secteur ou de la filière et de la stratégie à adopter, jouer un rôle d’alerte vis-à-vis des partenaires sociaux et des pouvoirs publics pour les aider à prendre conscience de la situation de la branche et de la nécessité d’anticiper les évolutions pour les infléchir.

La prospective des métiers

La prospective des métiers constitue le cœur de la mission des OPMQ. Pour autant, les études métiers ont une dimension plus anticipatrice (réflexion sur l’évolution prévisible des métiers) que véritablement prospective (élaboration de scénarios). Lorsqu’elle est articulée à la prospective du secteur, la prospective des métiers vise à mesurer l’impact des transformations sectorielles de toute nature sur le contenu des métiers et les compétences associées.

Sa finalité consiste à anticiper l’évolution des métiers, avec des objectifs qui diffèrent selon la temporalité retenue. A court et moyen terme, dans une logique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), il s’agit, d’une part, de favoriser l’adaptation des salariés à l’évolution des emplois, et d’autre part d’adapter l’offre de formation continue et de certification de la branche. A moyen et long terme, dans une optique plus prospective, il s’agit d’anticiper l’adaptation de l’offre de formation initiale (générale, professionnelle, en apprentissage), en lien avec l’Education nationale et les Régions.

La prospective de l’emploi

La préoccupation de l’emploi et de la GPEC ne constitue pas le cœur de métier des observatoires mais de branche mais elle constitue une préoccupation croissante depuis la crise de 2008-2009.

La finalité des exercices d’anticipation de l’évolution de l’emploi est de mesurer (quantifier) l’impact des évolutions sectorielles sur l’activité, l’emploi et les qualifications, avec trois types d’usages distincts selon la temporalité retenue :

- Mesurer l’évolution prévisible de l’emploi à court terme dans une branche, un secteur, une filière, une famille de métiers ou un métier pour orienter les recrutements des entreprises.

- Mesurer l’impact de la conjoncture à court-moyen terme sur le secteur, la branche, une catégorie d’emplois ou un territoire, pour déclencher un plan de GPEC ou de GTEC.

- Anticiper à moyen-long terme les besoins en renouvellement de la main-d’œuvre (postes à pourvoir) au niveau global et/ou par grands niveaux de qualifications (CS), pour faire évoluer les politiques RH des entreprises, la politique emploi-formation de la branche et adapter l’offre de certification.

 

La prospective emploi-formation

Certains exercices de PMQ sectorielle vont jusqu’à essayer de mesurer l’incidence des évolutions de l’emploi, des métiers et des qualifications sur les besoins de formation (et de certification) initiale et continue. L’objectif est de faire évoluer l’offre de formation initiale et continue pour répondre aux besoins des métiers de la branche à moyen-long terme, avec deux objectifs distincts et complémentaires :

-anticiper la capacité de l’offre de formation interne à la branche de répondre aux besoins en qualification de la main-d’œuvre correspondant à des recrutements externes pour estimer les besoins de formation annuels à moyen terme.

-anticiper la capacité future de l’appareil de formation initiale à répondre aux besoins des métiers de la branche, pour alimenter les échanges entre la branche, l’Education nationale et les Régions (pour l’apprentissage).

Nous avons à l'origine essayé de créer une méthodologie commune dans le champ de la prospective. Or, on constate aujourd'hui que les exercices de chaque branche dépassent largement le cadre. Cela s'explique par le fait que la prospective est intrinsèquement liée aux enjeux et aux problématiques propres à un secteur donné. Dans les branches, la question de la formation ne représente pas un objectif unique et final. On note plutôt une diversité des sujets à caractère prospectif.

En revanche, dans les régionsil existe une multiplicité d'acteurs ayant une finalité commune : la réalisatioet le pilotage de la carte de formation.

[1] Les branches suivantes étaient représentées dans le groupe de travail co-animé par le CAS et le Céreq : Assurances ; Banque ; BTP ; Hôtellerie-Restauration-Loisirs ; Informatique-Ingénierie-Etudes-Conseil ; Médicament ; Métallurgie ; Presse ; Services de l’Automobile ; Transport.

(*) Aline Valette et Christophe Guitton, sont chargés de mission Partenariats régionaux.

Bibliographie

Les dernière publications sur ce thème sont consultables ici.

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