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Insertion, emploi, formation : atouts et faiblesses des TPE et PME

Par Elyes Bentabet et Elsa Personnaz*
 

Longtemps considérées comme une catégorie résiduelle, quand régnait de façon quasi exclusive la grande entreprise fordiste, les très petites, petites et moyennes entreprises (soit celles de moins de 250 salariés) sont depuis parées de vertus susceptibles de leur permettre de résister à la crise. Elles sont en effet censées être plus flexibles et réactives face à une demande de plus en plus instable et diversifiée

Au Céreq, de nombreux travaux ont pointé leurs spécificités dans le champ de la relation formation emploi (1,2,3). Premier point saillant, la nécessité de mettre l’accent sur leur ancrage dans un territoire économique, social et historique concret (4). Toute la difficulté pour les analyser réside ensuite dans leur grande hétérogénéité, qui va néanmoins de pair avec quelques traits communs. Les innovations portées par certaines TPE et PME en matière d’organisation du travail et d’innovations technologiques (5) n’empêchent pas, par exemple, que l’exposition aux risques d’accident du travail soit globalement plus élevée dans les petites structures, et que la prévention peine à se mettre en place (6).

  • Elles participent à l’animation du marché du travail

Si elles créent relativement plus d’emploi que les grandes entreprises, elles en détruisent également, en particulier dans les plus petites d’entre elles, et dans les services. Dès le début des années 90, le Céreq s’est interrogé sur la véritable contribution des TPE et PME à l’emploi et à la construction des compétences, les travaux montrant que, au final, seule une minorité de petites entreprises (« les gazelles »), participe activement à la création d’emplois. (7)

  • Elles occupent une place privilégiée dans la primo-insertion des jeunes (8,9)

Elles peinent globalement à embaucher et à garder le personnel qualifié. Elles occupent néanmoins une place privilégiée dans la primo-insertion des jeunes puisque ces derniers sont accueillis prioritairement par ces entreprises à travers les contrats d’apprentissage et de professionnalisation. Mais les plus qualifiés vont s’en servir de « tremplin » vers des entreprises de plus grande taille, quand les plus démunis peinent à sortir de certaines « trappes à précarité ». Elles jouent également un rôle non négligeable dans la réinsertion des demandeurs d’emploi âgés, sont de grandes utilisatrices des politiques d’emploi, et peuvent de ce fait être considérées comme un véritable « marché transitionnel ».

  • Elles forment moins … ou autrement

Les PME, et plus encore les TPE, ont traditionnellement des taux de participation financière (TPF) à la formation continue beaucoup plus faibles que les grandes. Dans ces structures les inégalités d’accès selon les catégories socio professionnelles sont accentuées car les formations sont encore plus qu’ailleurs concentrées sur l’encadrement et la maîtrise. De fait, elles font moins appel à des programmes structurés et externalisés de formation continue, mais expriment en réalité une demande de formation très spécifique qui nécessite une approche innovante dans la transmission des savoirs professionnels. Plus que dans les grandes entreprises, les enjeux sont forts en matière d’identification, et de validation des apprentissages informels (10).

Deux conditions semblent être nécessaires au développement de la formation des salariés des TPE et PME :

- favoriser la mise en œuvre de services de proximité qui remplissent des fonctions d’intermédiation sur le marché de la formation. Dans cet objectif, l’accompagnement et le conseil apportés par les organismes paritaires collecteurs agréés sont tout à fait stratégiques (11, 12, 13).

- promouvoir la mise en réseau des entreprises sur un territoire donné, source d’économie d’échelle et de formation sur mesure. Il s’agit donc de favoriser les dispositifs de formation de proximité construits sur une logique territoriale, car ils sont susceptibles de réduire les difficultés liées à l’effet d’émiettement des très petites et petites entreprises (14).

* Elyes Bentabet est chargé d'études au Département Formation et Certification (DFC)  et Elsa Personnaz est responsable du pôle éditorial.

 

Bibliographie

 

1 – Gestion des hommes et formation dans les très petites entreprises, E. Bentabet, S. Michum, P. Trouvé, Céreq, coll. Etudes, n° 72, 1999.

2 – Très petites, petites et moyennes entreprises : entre tradition et innovation. Une recension des travaux du Céreq (1985 – 2007), E. Bentabet, Nef n° 37, octobre 2008.

3 – Formation et innovation dans les petites entreprises, dossier coordonné par E. Bentabet, Education permanente, n° 182, mars 2010.

4 – « Mécanic vallée – Interactions entre système productif local et politique de formation », J. Haas, Formation Emploi n° 97, juillet septembre 2007.

5– Les PME de la plasturgie face aux contraintes de marché : développer la polyvalence des salariés non qualifiés, F. Lozier, E. Sulzer, Bref n° 238, février 2007.

6– « Petites entreprises et jeunes salariés de la réparation automobile : le rôle de la formation initiale dans la prévention des risques professionnels », E. Verdier, Formation Emploi n° 111, juillet-septembre 2010.

7 – The employment and training practices of SME’s. Examination of research in five EU member states, P. Trouvé, in P. Descy, M. Tessaring (eds), Training in Europe, Cedefop reference series, 2001, vol 2, p.91-232.

8 - Modes de recours à la main-d’œuvre juvénile et filières de stabilisation des débutants dans les IAA, A. Lamanthe, Notes de travail Génération 92, juillet 2001.

9 – Entreprises et jeunes débutants, J-F Lochet (Ed. scientifique), L’Harmattan, 2003.

10 - Les très petites entreprises. Pratiques et représentations de la formation continue, E. Bentabet, P. Trouvé, Bref n° 123, septembre 1996.

11 – « Petites entreprises et réseaux : quelle intermédiation pour la formation continue ? », E. Bentabet, S. Michun, Formation Emploi n° 84, 2003.

12 - Les organismes paritaires collecteurs agréés, acteurs du changement des comportements de formation des petites entreprises, E. Bentabet, M. Théry, Relief n° 11, 2005

13 - Les OPCA face aux petites entreprises. Entre activités de gestion et développement de services, E. Bentabet, M. Théry, Bref n° 227, février 2006.

14 – « Petites entreprises et territoire, un lien surestimé ? L’exemple de la formation professionnelle continue », S. Michun, Formation Emploi n°97, 2007.

Les PME s'intéressent de plus en plus aux effets de la formation.D. Beraud. Bref, n° 330, 2015, 4 p.

 

 

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