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Les enquêtes Génération : atouts et mode d’emploi

 

Par Isabelle Recotillet et Stephane Jugnot *

 

   En 1997, le Céreq mettait en place la première enquête transversale à tous les niveaux de formation pour analyser l’insertion des jeunes. Fort de cette expérience réussie, le Céreq développait au début des années 2000 un dispositif complet d’enquêtes qui permet d’étudier l’accès à l’emploi des jeunes à l’issue de leur formation initiale. Tous les trois ans, une nouvelle enquête est réalisée auprès de jeunes qui ont en commun d’être sortis du système éducatif la même année quel que soit le niveau ou le domaine de formation atteint, d’où la notion de « génération ». L’enquête permet de reconstituer les parcours des jeunes au cours de leurs trois premières années de vie active et d’analyser ces parcours au regard notamment du parcours scolaire et des diplômes obtenus. Certaines enquêtes peuvent donner lieu à plusieurs interrogations successives auprès d’une même cohorte de jeunes : c’est le cas notamment pour la « Génération 98 » qui a été interrogée trois ans, cinq ans, sept ans et dix ans après la sortie du système éducatif (cf. schéma ci-dessous) et de la Génération 2004 qui a été interrogée trois ans, cinq ans et sept ans après la sortie du système éducatif.

 

   

L’intérêt et les atouts du dispositif reposent sur cinq dimensions majeures :

    1) Un cadre d’analyse homogène et cohérent
     Contrairement à d’autres enquêtes d’insertion qui visent des publics segmentés (apprentis, lycéens, sortants de grandes écoles ou d’université…), le dispositif « Génération » propose un questionnement, une méthodologie et un cadre d’analyse homogène pour tous, quels que soient le parcours scolaire, les diplômes obtenus, les domaines et voies de formation. Il est donc possible de comparer et d’évaluer l’impact de ces différentes caractéristiques sur les variations observées au cours des premières années de vie active : qui accède rapidement à un emploi ? Qui reste durablement au chômage ? A quel type d’emploi accède-t-on ? A quel niveau de rémunération ? Telles sont les questions auxquelles le dispositif permet de répondre. Plus généralement, il met en évidence les phénomènes de concurrence ou de complémentarité entre niveaux, domaines et voies de formation.

 

     2) Des informations riches et diversifiées
      Grâce à un questionnaire détaillé et un échantillon important (65 000 jeunes interrogés pour la Génération 2004), les enquêtes permettent, au-delà des caractéristiques de parcours scolaires et des diplômes obtenus, de prendre en compte d’autres critères. Le rôle des dispositifs publics pour l’emploi des jeunes et la formation tout au long de la vie, mais aussi les caractéristiques individuelles et d’environnement (genre, origine sociale, origine nationale, lieu de résidence, mobilités géographiques, statut familial, réseaux sociaux) sont autant de dimensions que le dispositif permet d’intégrer pour analyser les différences observées au cours des premières années de vie active.

 

    3) Un recul temporel nécessaire
 Dans le dispositif Génération, la première interrogation est réalisée trois ans après la sortie du système scolaire, c’est le temps nécessaire pour observer le premier temps de l’insertion professionnelle des jeunes. Les résultats des premières enquêtes ont mis en évidence l’importance de ce recul temporel. En effet, il faut attendre parfois plusieurs années pour que la stabilisation professionnelle soit établie pour le plus grand nombre. Enquêter trop tôt après la sortie de formation donne une photographie faussée des situations par rapport à l’emploi, qui accentue fortement les différences, alors que les enquêtes « Génération » montrent que celles-ci tendent à se réduire avec le temps.

 

     4) Un suivi longitudinal
     Le questionnaire permet aux jeunes débutants de décrire systématiquement, mois par mois, les différentes situations qu’ils ont connues depuis leur sortie du système éducatif. Ce mode d’interrogation permet de construire différents indicateurs comme le taux de chômage ou le taux d’emploi. Il permet aussi de construire des typologies à partir de la description des situations mois par mois. Ces typologies offrent une vision synthétique des premières années sur le marché du travail : trajectoire d’accès rapide à l’emploi, trajectoire d’accès différé à l’emploi, trajectoire de décrochage, etc. L’insertion est une réalité multidimensionnelle qui ne peut se réduire à un ou deux indicateurs. Par ailleurs, la description fine de toutes les périodes d’emploi permet de mesurer la qualité de l’emploi (niveau de rémunération, type de contrat, correspondance entre le diplôme obtenu et la profession occupée), de même que la description de toutes les périodes de chômage permet d’analyser les mécanismes de sortie du chômage des jeunes.

 

     5) La même conjoncture pour tous
     Les Générations sont construites en fonction de la date de sortie de formation et non de l’année de naissance. Quel que soit leur niveau de formation, les jeunes arrivent donc dans un contexte de marché du travail plus ou moins favorable mais identique pour tous. Il est donc plus facile a priori de comparer les trajectoires d’accès à l’emploi. Mais cette conjoncture a-t-elle les mêmes effets pour tous : à qui profitent les embellies ? Qui souffrent le plus des retournements ? Quels effets sur les taux de chômage, l’importance des CDD ou de l’intérim, et pour qui ? Telles sont les questions auxquelles le caractère récurrent des enquêtes Génération permet de répondre.    L’ensemble de ces atouts confère une place de choix aux enquêtes Génération dans la connaissance des processus d’insertion sur le marché travail. Les informations fournies aux pouvoirs publics alimentent divers débats sur l’évolution du système éducatif. Elles relativisent par exemple la nécessité de créer des diplômes trop pointus, ou battent en brèche l’opinion répandue de dévalorisation des diplômes.
 

   

(*) Isabelle Recotillet a succédé à Stéphane Jugnot comme chef du département Entrées et évolutions dans la vie active (DEEVA).

 

Bibliographie

Quand l’école est finie…Premiers pas dans la vie active d’une génération, enquête 2010
Coordonné par Jean-Jacques Arrighi, Céreq, 2012.

Insertion des sortants du supérieur
Julien Calmand, Virginie Mora, Bref, n° 294-2.

Le diplôme : un atout gagnant pour les jeunes face à la crise
Zora Mazari, Virginie Meyer, Pascale Rouaud, Florence Ryk, Philippe Winnicki, Bref n° 283.

Évaluation et données longitudinales : quelles relations ?

XVIIes journées d’étude sur les données longitudinales dans l’analyse du marché du travail
Thomas Couppié, Dominique Epiphane, Jean-François Giret, Yvette Grelet, Isabelle Recotillet, Emmanuel Sulzer, Patrick Werquin (éditeurs). Relief, n° 30, mai 2009.

Enquête « Génération 2004 » Méthodologie et bilan 1ère interrogation - printemps 2007
Christel Aliaga, Bérangère Duplouy, Stéphane Jugnot, Pascale Rouaud, Florence Ryk. Net.doc n° 63, mai 2010.

De l'enseignement supérieur à l'emploi : voies rapides et chemins de traverse 
Julien Calmand, Dominique Epiphane et Pierre Hallier. Nef, n° 43, octobre 2009. 62 p

L'insertion des sortants de l'enseignement secondaire... des résultats issus de l'enquête Genération 2004
Jean-Jacques Arrighi , Céline Gasquet et Olivier Joseph. Nef, n° 42, juillet 2009. 64 p
Qui sort de l'enseignement secondaire ? Origine sociale, parcours scolaires et orientation des jeunes de la Génération 2004
Jean-Jacques Arrighi, Céline Gasquet et Olivier Joseph. Nef, n° 41, juin 2009, 45 p.

Comparer les universités au regard de l’insertion professionnelle de leurs étudiants : Quelques simulations à partir des enquêtes « Génération »
Alberto Lopez, Pierre Hallier. Net.Doc n° 54, 2009, 29 p

Quand l'école est finie... Premiers pas de la Génération 2004
Ouvrage coordonné par Virginie Mora et Emmanuel Sulzer., Marseille, Céreq, 2008. 86 p

Génération 2004, des jeunes pénalisés par la conjoncture
Olivier Joseph, Alberto Lopez. Bref, n° 248. janvier 2008.

Les étudiants des STS et des IUT – Comparaison des conditions d’orientation, des parcours de formation et d’insertion
Yvette Grelet, Claudine Romani, Joaquim Timoteo. Bref n° 248, juin 2010.

Des docteurs en mal de stabilisation
Julien Calmand, Jean-François Giret. Bref n° 277, septembre 2010

 

Article paru dans les Brèves du Céreq de juillet-août 2010. Pour consulter les publications récentes.

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