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Les inégalités de genre dans les travaux du Céreq (*)

 
 Par Christine Fournier, chargée d'études au département « Formation et certification »
 
 Au niveau national comme au niveau européen, la réduction des inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail est affichée, depuis de nombreuses années, comme un objectif politique majeur. Soucieux de contribuer à la réflexion sur les mesures à développer pour améliorer le sort des femmes, le Céreq multiplie les travaux visant à mettre en lumière les sources d'inégalités de genre.
 
 Une première série de travaux s'inscrit dans le champ des études « genrées » sur l'entrée dans la vie active. Les différences d'orientations scolaires des filles et des garçons sont souvent désignées comme une des principales sources d'inégalités : les filles, bien que scolairement plus performantes, persistent à emprunter les filières les moins rentables. Un essai de repérage des effets respectifs de la ségrégation éducative et de la ségrégation professionnelle sur les situations professionnelles (1) ainsi qu'un examen des destins professionnels des filles et des garçons ayant opté pour des formations atypiques du point de vue du genre (2) permettent de tempérer l'idée selon laquelle une diversification des formations féminines suffirait à résorber les écarts observés sur le marché du travail.
 
 Les débuts de carrière selon le genre ont également fait l'objet de nombreux travaux au Céreq. Une première étude, parue en 1997, portant sur les disparités de carrière des plus diplômés en début de vie active, avait montré l'impact différencié d'une naissance sur les cursus professionnels des filles et des garçons (3). Dix ans plus tard, l'analyse, élargie à l'ensemble des sortants du système scolaire (4), revérifie le propos. Dans la même perspective, une étude centrée sur l'origine des inégalités salariales dès les premiers pas sur le marché du travail, pointe une « part inexpliquée » qui reste à éclairer (5).
 
 Une deuxième série de travaux s'est développée autour du déroulement sexué des carrières. Plusieurs secteurs d'activité ont fait l'objet d'une analyse ciblée. L'étude des déterminants des évolutions de carrière dans la banque commerciale souligne l'importance des mobilités géographiques qu'exigent de nombreuses promotions et dont pâtissent les carrières féminines (6). L'analyse de la conciliation des temps professionnels et personnels dans l'hôtellerie-restauration invite en conclusion à une meilleure prise en compte de l'articulation entre temps de travail, temps personnel et temps de formation (7).
 
 Pour finir, les inégalités entre hommes et femmes en matière de formation continue font l'objet d'une attention particulière, eu égard à la richesse des enquêtes du Céreq sur ce thème (Formation continue 2000, Formation continue 2006). L'impact de la charge familiale sur l'accès à la formation est ainsi confirmé. Néanmoins, le principal enseignement des investigations réalisées tient dans la nécessité de toujours prendre en considération la catégorie socioprofessionnelle en même temps que le genre, car si les inégalités entre hommes et femmes sont avérées, les inégalités entre les femmes, d'une part, entre les hommes, d'autre part, méritent incontestablement un examen simultané (8, 9).
 
 Les résultats de ces études intéressent particulièrement le ministère de l'Education nationale et le Service des droits des femmes et de l'égalité. Par ailleurs, plusieurs de ces travaux ont fait l'objet d'auditions devant des instances politiques, notamment la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes du sénat. Dans le cadre d'une réflexion sur l'égalité salariale conduite en 2002, elle a entendu les arguments du Céreq sur la question de la formation continue des femmes puis, lors d'un travail sur l'insertion professionnelle, réalisé en 2007, les conclusions des études sexuées sur l'entrée dans la vie active.

(*) Ces travaux concernent les domaines Formation, travail, emploi.

 Bibliographie

 (1) La ségrégation des hommes et des femmes dans les métiers : entre héritage scolaire et construction sur le marché du travail
 Couppié Thomas, Epiphane Dominique, Formation Emploi n° 93, janvier-mars 2006.
 
 (2) Que sont les filles et les garçons devenus ? Orientation scolaire atypique et entrée dans la vie active
Couppié Thomas, Epiphane Dominique, Bref n° 178, 2001.
 
 (3) Insertion professionnelle et début de carrière : les inégalités entre hommes et femmes résistent-elles au diplôme ?
Couppié Thomas, Epiphane Dominique, Fournier Christine, Bref, n° 135, octobre 1997.
 
 (4) Vivre en couple et être parent : impacts sur les débuts de carrière
 Couppié Thomas, Epiphane Dominique, Bref n° 241, 2007, .
 
 (5) Femmes à l'entrée du marché du travail : un retard salarial en partie inexpliqué
Dupray Arnaud, Moullet Stéphanie, Nef, n° 12, mars 2004.
 
 (6) Les déterminants des évolutions de carrière : une comparaison entre hommes et femmes dans le secteur bancaire
 Diederichs-Diop Laurence, Dupray Arnaud, Dhouailly Alexandra (collab.), Net-Doc, n° 31, 2007.
 
 (7) A la recherche d'une conciliation des temps professionnels et personnels dans l'hôtellerie-restauration
 Guégnard Christine (coord.), Relief, n° 7, 2004.
 
 (8) Hommes et femmes salariés face à la formation continue. Des inégalités d'accès qui reflètent les niveaux de qualification et les conditions familiales
Fournier Christine, Bref, octobre 2001, n° 179.
 
 (9) Concilier vie familiale et formation continue, une affaire de femmes
Fournier Christine, Bref, mars 2009, n° 262.

 

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