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Chômage des jeunes : "Les attentes par rapport au développement de l’apprentissage apparaissent excessives" (Cereq)

Par Alexandra Turpin
Paris, le 06/06/2016 12:33:00
Dépêche n°539346

Les attentes par rapport au développement de l'apprentissage contre le chômage des jeunes apparaissent excessives", affirme Alberto Lopez, directeur du Cereq, le 2 juin 2016. Il intervenait au cours d’une journée d’études organisée par la Fnadir. Alberto Lopez a présenté les travaux du Cereqsur l’apprentissage et en particulier une récente étude sur l’analyse de l’insertion des apprentis (lire sur AEF). Selon ce document, la meilleure insertion des apprentis n’est pas seulement liée à l’alternance, mais aussi à la sélection des jeunes concernés. En outre, cet avantage est variable selon les niveaux. "Ce n’est pas une remise en cause de l’apprentissage ou de ses vertus. C’est une mise en question, dans un contexte où l’apprentissage, après avoir été dénigré dans les années 1960-1970, est présenté comme le remède miracle à beaucoup de choses", précise le directeur.

L’apprentissage est un investissement

"Il y a un critère sur lequel la France doit se concentrer : il faut que les entreprises considèrent que l’apprentissage est un investissement et que les partenaires sociaux soient dans la gouvernance", recommande Alberto Lopez.

En matière d’apprentissage, Alberto Lopez, directeur duCereq, décrit une "politique nationale volontariste", lors de la 12e journée nationale d’information et d’échanges de la Fnadir (fédération nationale des directeurs de CFA). "Cette 'course aux 500 000 apprentis' montre une volonté politique très constante sur le quantitatif. Cela peut amener des interrogations", ajoute-t-il. "Il y a une inscription de l’apprentissage dans la lutte contre le chômage juvénile. Au départ, ce n’était pas cela [son objectif initial].Est-ce que cela doit le devenir ?"

Le directeur du Cereq commente les résultats d’une étude basée sur la "Génération 2010" et publiée en mai 2016 : les trajectoires de jeunes qui ont achevé leur formation initiale par l’apprentissage en 2010 ont été observées en 2013 et comparées à celles de leurs homologues issus de la voie scolaire, aux mêmes niveaux de formation.

UNE MEILLEURE INSERTION MAIS LA CRISE TOUCHE AUSSI LES APPRENTIS

Les apprentis conservent une insertion nettement plus favorable que les jeunes issus de la voie scolaire, avec un salaire plus élevé. "Mais les apprentis subissent aussi la crise : ils s’insèrent moins bien qu’avant et il y a aussi moins de places d’apprentissage", explique Alberto Lopez. Les taux de chômage pour les apprentis de la "Génération 2010" sont ainsi moins bons que ceux de la "Génération 2004" (c’est-à-dire ceux qui ont achevé leur formation en 2004).

"Le taux de chômage des scolaires est supérieur à celui des apprentis. Cet écart est variable selon le niveau de diplôme. Plus le niveau monte, plus cet écart est restreint. L’écart maximal est pour le baccalauréat professionnel (13 points), contrairement à 2004 où c’était le CAP-BEP (10 points)", ajoute le directeur du Cereq. "Pour certains niveaux, l’effet sur le risque de chômage est de 5 points. Cela peut sembler beaucoup ou peu. Mais est-ce avec cela qu’on va insérer tous les jeunes ?" Pour les écoles de commerce, le "surchômage des scolaires" est de deux points et un pour les écoles d’ingénieurs. Il note que "l’apprentissage se développe là où la transition ne fonctionne pas si mal".

 

AEF tableau

 

Cereq

Si les taux d’insertion des apprentis sont meilleurs que ceux issus de la voie scolaire, certains taux de chômage sont néanmoins élevés. Il cite, notamment, le cas des apprentis de CAP-BEP qui, trois ans après leur diplôme, sont 26 % à être au chômage, contre 11 % en 2004.

SALAIRES PLUS ÉLEVÉS

"Pour les salaires, l’avantage [entre la voie scolaire et l’apprentissage] concerne sur les hauts niveaux de formation. Et ce même si les écoles d’ingénieurs sont une exception", affirme Alberto Lopez. Les salaires des anciens apprentis ingénieurs sont ainsi très proches des anciens étudiants. "Il y a une logique de niveau et une logique de spécialité, qui se croisent avec des différences hommes femmes dans certaines spécialités", précise-t-il. Pour un titulaire d’un CAP tertiaire, le jeune "gagne moins en apprentissage que s’il avait choisi la voie scolaire. "Ce n’est pas le cas pour l’industriel".

"Les écarts renvoient aussi à la sélection. Les jeunes ne sont pas les mêmes : il y a une sélection scolaire, sociale, technique", poursuit le directeur duCereq. "Les jeunes d’origine étrangère vont moins dans l’apprentissage, sans doute un effet des discriminations."

"Il y a un contexte favorable à l’émergence de normes à l’intérieur des CFA" (Romain Pigeaud, Centre-Inffo).

"Il y a un contexte favorable à l’émergence de normes à l’intérieur des CFA, en tant que reconnaissance d’un fonctionnement qualitatif", affirme Romain Pigeaud chargé d’études à la direction juridique de Centre Inffo. Il ajoute qu’il y a une différence entre "faire de la qualité et avoir une reconnaissance de la qualité".

Parmi les utilités d’une telle norme, il cite : "consolider l’organisation du CFA, améliorer son image, donner de la lisibilité au fonctionnement et se doter d’outils de démarches qualité et d’auto-évaluation". Il rappelle que certaines régions ont mis en place des normes, notamment la région Paca avec l’attestation qualité commande publique.  

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