Publié le 19 décembre 2017

Retours précoces sur la voie des diplômes : vers une formation «tout au long du début de la vie»?

Virginie Mora, Alexie Robert

  • Céreq Bref n°360
  • décembre 2017

reprises d'études, diplôme, formation, enquêtes Génération

Parmi les jeunes de la génération 2010, un sur huit a obtenu un nouveau diplôme dans les cinq années suivant la fin de sa formation initiale. Les formes de ces retours précoces sur le chemin des diplômes sont très variées, de même que les logiques individuelles qui y conduisent. Les démarches qui visent à se réorienter ou faire progresser une carrière semblent cependant plus efficaces en termes d’insertion que celles destinées à résoudre des difficultés d’accès à l’emploi.

 

Dès les premières années suivant la fin de formation initiale, les jeunes sont nombreux à revenir sur les bancs de l’école : 13 % des jeunes sortis du système éducatif en 2010 obtiennent un nouveau diplôme avant l’été 2015. La structure des diplômes au sein de la génération s’en trouve améliorée : la part de jeunes non-diplômés se réduit de deux points, celle de jeunes diplômés du supérieur progresse de quatre points et passe alors à 44 % de la cohorte. L’importance numérique de ces mouvements témoigne de la valeur que familles, jeunes et institutions continuent d’accorder aux diplômes, que ce soit comme garants d’une meilleure insertion sur le marché du travail ou comme marqueurs identitaires.

 

Tableau1

 

Les bas niveaux de qualification reprennent plutôt moins le chemin des diplômes

Cependant, selon le niveau de diplôme atteint en fin de formation initiale, les chances sont très variables de reprendre des études ou une formation dans les cinq ans et d’obtenir un nouveau diplôme. Les plus nombreux à prendre cette voie sont les jeunes bacheliers (18 %) et les diplômés à bac+3/4 (17 %). Parmi les jeunes bacheliers, cette propension à obtenir un nouveau diplôme concerne surtout les titulaires de baccalauréats généraux (29 %) ou technologiques (21 %), plutôt que les détenteurs de baccalauréats professionnels (9 %).

Bacheliers et titulaires d'un bac+3/4 sont les plus nombreux à obtenir un nouveau diplôme dans les 5 ans après la fin de formation initiale.

En comparaison, seuls 12 % des jeunes non-diplômés – pourtant particulièrement pénalisés au moment de l’insertion professionnelle – et 11 % des jeunes titulaires d’un diplôme de niveau V, effectuent de telles démarches. Par ailleurs, les jeunes sortis des études directement après leur baccalauréat (quel qu’en soit le type), sont plus nombreux à obtenir un nouveau diplôme dans les cinq ans, que ceux ayant échoué dans l’enseignement supérieur. Enfin, l’obtention d’un nouveau diplôme est plus rare parmi les jeunes diplômés à bac+5 et au-delà, ou les détenteurs de bac+2/3 en santé-social – deux groupes de sortants aux conditions d’insertion particulièrement favorables.

 

Chiffre clé

12% des jeunes sortis non-diplômés de formation intiale en 2010 ont obtenu un nouveau diplôme dans les 5 ans suivants, contre 18% des bacheliers

 

Ces résultats pourraient laisser penser, d’une part, que ces retours précoces sur la voie des diplômes répondent plus ou moins mécaniquement à l’existence de difficultés d’insertion. D’autre part, que les jeunes peu ou pas diplômés seraient moins prompts que les autres à envisager de revenir sur les bancs de l’école. Toutefois, l’examen des situations préalables aux retours en formation nuance ces hypothèses.

Passer un nouveau diplôme en début de vie active n'est pas nécessairement lié à des difficultés d’insertion.

En effet, 41 % des jeunes concernés se disaient «tout à fait» ou «plutôt satisfaits de leur situation professionnelle» avant de revenir en formation. De même, l’année précédent cette reprise d’études, 40 % des jeunes étaient très continument en emploi (13 % en EDI, 27 % en EDD), tandis que seuls 33 % étaient inscrits dans des situations de chômage ou d’inactivité durables. Ainsi, ces retours ne témoignent pas exclusivement de difficultés d’insertion ; ils peuvent aussi répondre à des désirs de progression ou de réorientation professionnelles, ou correspondre simplement à la remise en route d’un projet d’études temporairement suspendu.

Chiffre clé

41% des jeunes concernés se disaient « tout à fait » ou « plutôt satisfaits de leur situation professionnelle » avant de revenir en formation.

Des jeunes générations ouvertes à la formation « tout au long du début de la vie »

Au-delà de l’hétérogénéité des situations préalables, les reprises d’études varient sur de nombreux autres plans : modalités d’obtention, niveau des nouveaux diplômes, écarts relativement au diplôme initial, date de retour aux études, changement plus ou moins marqué de spécialité, conditions d’arrêt d’études... Ainsi, l’usage de l’alternance (hors contrats de professionnalisation suivis directement après la formation initiale, voir encadré) concerne 44 % des nouveaux diplômes obtenus : 22 % en apprentissage, 15 % en contrat de professionnalisation et 7 % via d’autres formes d’alternance, notamment pour les filières sport, santé ou social. À l’inverse, 31 % des nouveaux diplômes sont obtenus en établissements scolaires ou universitaires, à temps plein, selon des modalités très comparables à celles qui prévalent en formation initiale.

 

Chiffre clé

44 % des nouveaux diplômes sont obtenus en alternance

 

Les dates d’obtention de ces nouveaux diplômes, qui connaissent des pics en juin de chaque année de 2011 à 2014, illustrent des temporalités largement scandées par les rythmes scolaires et universitaires. L’augmentation progressive du nombre de diplômes obtenus témoigne par ailleurs d’une montée en charge, au fil des premières années après leur formation initiale, du nombre de jeunes «re-diplômés», soulignant la propension des jeunes générations à la formation «tout au long du début de la vie». Un phénomène d’autant plus remarquable que cette étude se concentre sur les seules obtentions de nouveaux diplômes. Un halo d’autres mouvements de retours en formation est de fait laissé de côté dans cette étude : toutes les tentatives inabouties ou encore en cours d’obtention d’un nouveau diplôme, mais aussi d’autres formes de certifications (titres professionnels, CQP…).

 

Dis-moi d’où tu viens, je te dirai si tu reprendras (le chemin des diplômes)

Quelques tendances se dessinent néanmoins selon le niveau de formation initiale des individus, organisant en partie l’hétérogénéité des mouvements de retours sur la voie des diplômes. Ainsi, près de la moitié des jeunes peu ou pas diplômés sont concernés par des situations préalables de chômage ou d’inactivité. Leurs mouvements de retours paraissent plus souvent «défensif », réalisés pour résoudre des difficultés d’accès à l’emploi. Les jeunes plus diplômés, à l’inverse, opèrent plus souvent des retours d’apparence «offensive», visant à progresser dans leur carrière ou se réorienter à partir d’une expérience d’emploi favorable. Toutefois, il ne s’agit que de tendances, ces deux pôles offensifs et défensifs coexistant chez les uns et les autres.

La logique « offensive » de progression professionnelle ou de réorientation concerne davantage les plus diplômés.

Sans surprise, plus les diplômes initiaux sont élevés, plus les nouveaux tendent à l’être également. Pour l’essentiel, ces derniers se situent à l’échelon directement supérieur dans la hiérarchie des diplômes (voir tableau 2) : les non-diplômés obtiennent un CAP-BEP, les titulaires de bac+2 un diplôme à bac+3/4… Cependant, les titulaires de CAP ou BEP de 2010 se distinguent par une propension importante (59 %) à obtenir un nouveau diplôme de niveau équivalent. Il ne s’agit que très rarement de mentions complémentaires, mais bien de nouveaux CAP ou BEP. Environ un tiers des nouveaux diplômes relèvent de spécialités analogues à celles du dernier diplôme préparé en formation initiale.

 

Tableau2

 

La « révolte des premiers de la classe » : un épiphénomène en début de vie active

Parmi les jeunes sortis diplômés à bac+3/4 en 2010 et re-diplômés dans les cinq ans qui suivent, seuls 16 % obtiennent un nouveau diplôme du secondaire - CAP-BEP ou baccalauréat. Cette proportion chute à 3 % parmi les rares diplômés de niveau bac+5 opérant des retours.

La « révolte des premiers de la classe » ne concerne qu'1% des jeunes, du moins en tout début de vie active.

Si l’on considère l’ensemble des jeunes, re-diplômés ou non, sortis avec au moins une licence en 2010, seuls 1 % (soit à peine 1 700 individus) ont obtenu un nouveau diplôme de niveau bac ou en deçà cinq ans après. Une moitié environ de ces retours succède à des difficultés d’insertion professionnelle patentes et vise des diplômes clairement destinés à pallier ces difficultés (formations d’ambulancier, d’aide soignant…). Il est peut-être trop tôt dans les parcours d’insertion pour observer beaucoup de réorientations de «premiers de la classe» (telles celles décrites par J-L Cassély dans La révolte des premiers de la classe) qui, déçus par des emplois trop abstraits ou manquant de «sens», reprendraient des formations de boulanger, de cuisinier ou de fleuriste. À noter que parmi les rares qui sont dans ce cas, presque tous sont issus de milieux sociaux favorisés.

Une autre tendance se dessine : plus les niveaux de diplôme sont bas à la sortie de formation initiale, moins les retours en formation s’effectuent à temps complet en établissement universitaire ou scolaire. Seuls 19 % des jeunes titulaires d’un CAP-BEP ayant passé un nouveau diplôme l’ont fait dans un cadre scolaire ou universitaire classique, contre 48 % des titulaires d’un bac+3/4. Si les moins diplômés sollicitent plus que la moyenne les intermédiaires de l’emploi (AFPA, GRETA…), les jeunes sortis bacheliers ou titulaires de BTS-DUT en 2010 ont, eux, particulièrement eu recours aux dispositifs d’alternance.

Pour les titulaires d'un bac+3 ou plus, des origines sociales modestes réduisent les chances de se "re-diplômer" dans une perspective "offensive".

Diverses modélisations ont été effectuées pour mieux comprendre les logiques variées de ces retours «toutes choses égales par ailleurs». Ainsi, jusqu’au niveau bac+2 inclus, être une femme favorise le retour vers les diplômes, cela même à origines, diplômes, conditions d’arrêt d’études et premiers pas sur le marché du travail donnés. Ce lien disparaît pour les jeunes déjà diplômés d’un bac+3 ou plus en 2010. De même, jusqu’au niveau bac+2 inclus également, n’avoir aucun parent bachelier réduit significativement, toutes choses égales par ailleurs, les chances d’obtenir un nouveau diplôme dans les 5 ans qui suivent la formation initiale. Là encore, ce lien disparaît pour les jeunes diplômés à bac+3 ou plus en 2010. Pour ces derniers néanmoins, si des origines sociales modestes ne réduisent pas la propension globale à obtenir rapidement un nouveau diplôme, elles diminuent en revanche les chances d’opérer un retour de type «offensif», visant à progresser dans leur carrière professionnelle ou à se réorienter.

Une efficacité incertaine en termes d’insertion

Jauger de l’efficacité des retours au diplôme en termes d’insertion professionnelle n’a rien d’évident. En effet, l’horizon de 5 ans reste court dans l’optique de faire fructifier un nouveau diplôme – et de se démarquer ainsi des jeunes ayant poursuivi normalement leur processus d’insertion. En outre, nous l’avons vu, une hétérogénéité importante existe au sein de la catégorie statistique qui rassemble les individus «re-diplômés» dans les quelques années suivant leur formation initiale. En s’efforçant à nouveau de discerner entre des retours à caractère plutôt offensifs ou plutôt défensifs, et en laissant de côté les diplômes obtenus tardivement dans les parcours (moins de 18 mois avant l’interrogation de 2015), il est possible de donner une première estimation quant à l’efficacité de ces retours en termes d’insertion professionnelle. Les modélisations «toutes choses égales par ailleurs» suggèrent que les démarches offensives réduisent significativement, notamment à sexe, diplôme d’origine en 2010 et premiers pas sur le marché du travail donnés, les risques d’être au chômage ou inactif mi-2015. À l’inverse, toutes choses égales par ailleurs, les retours défensifs ne parviennent pas, eux, à réduire significativement ces risques.

Les démarches défensives ne parviennent pas à réduire significativement les risques d’être au chômage ou inactif en 2015, contrairement aux démarches offensives.

Ainsi, rien n’indique que les retours précoces aux études, lorsqu’ils visent principalement à répondre à des difficultés d’insertion, remplissent efficacement ce rôle. Les jeunes en difficulté d’emploi qui renouent avec les diplômes ne semblent en effet pas réussir à compenser leurs déficits d’employabilité initiaux, en comparaison de ceux, en difficulté aussi, mais n’ayant pas opté pour un retour en formation. Il est possible que ce résultat reflète l’horizon temporel limité de l’étude, qui ne permettrait pas de rendre compte des effets favorables, à terme, de ces nouveaux diplômes. Néanmoins, on retrouve ici des résultats déjà dégagés par J-J. Arrighi et V. Mora (2011) à partir de l’exploitation de l’enquête génération 2004 menée en 2009, ou par L-A. Marti et J-M. Verd pour la Catalogne (2011) concernant les retours en formation «défensifs». L’efficacité des retours semble ainsi résider au moins autant dans les circonstances de ces retours que dans l’effet propre des nouveaux diplômes obtenus.

La frontière institutionnellement tranchée entre formation initiale et continue tend à s'effacer dans les pratiques sociales

Il est trop tôt pour mesurer ici les effets de l’inscription dans la loi, depuis 2013, du droit au retour en formation initiale pour les jeunes sortis sans diplôme ou qualification professionnelle. Mais ce phénomène de reprise d’études, qui concerne à présent une part importante de la jeunesse à tous les étages de l’appareil éducatif, est en progression au cours des années 2000 (voir article de V.Mora, 2015). Il témoigne de la capacité du système éducatif à absorber des publics d’élèves et d’étudiants aux profils variés, disposant d’une première expérience sur le marché du travail. Il illustre aussi l’appétence sociale forte pour les diplômes, que ce soit pour pallier à des difficultés d’emploi, que pour se réorienter ou progresser professionnellement. Surtout, ces éléments viennent interroger la frontière très tranchée qui existe sur les plans institutionnel et budgétaire
entre formation initiale et continue, quand les pratiques des individus semblent, elles, de plus en plus les entremêler

Encadré méthodologique : l’enquête 2015 auprès de la Génération 2010

L’enquête Génération 2010, réalisée par le Céreq, a pour objectif d’analyser les parcours de transition de l’école à l’emploi des 708 000 jeunes sortis de formation initiale en 2010 en France (métropole et DOM), ce quel que soit leur niveau de formation à la fin de leurs études. Cette enquête, rétrospective, est construite autour d’un calendrier qui permet de décrire les cheminements des individus après leur formation intiale. Des questions spécifiques portant sur l’acquisition de nouveaux diplômes après la fin de formation initiale, posées lors de l’enquête réalisée en 2015, ont été utilisées ici, en plus de l’exploitation des calendriers de parcours.
Quitter la formation initiale signifie dans ce cadre interrompre ses études pour la première fois, et ce pendant au moins une année. A noter que l’apprentissage, bien qu’étant une situation d’emploi, relève de la formation initiale s’il a lieu directement à la suite des études. Du fait de ses modalités de financement, le contrat de professionnalisation est, en revanche, considéré comme relevant de la formation continue. Ainsi, il constitue toujours une interruption d’études, ce même lorsqu’il intervient dans l’année qui suit la formation initiale. Ce dernier cas est traité à part dans le travail présenté ici.

CITER CET ARTICLE


Virginie Mora, Alexie Robert, Retours précoces sur la voie des diplômes : vers une formation «tout au long du début de la vie»?, Céreq Bref, n°360, 2017, 4p.
http://www.cereq.fr/publications/Cereq-Bref/Retours-precoces-sur-la-voie-des-diplomes-vers-une-formation-tout-au-long-du-debut-de-la-vie
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