L’apprentissage, tremplin des reprises d’études depuis la réforme de 2018
Enquête 2023 auprès de la Génération 2017
Massification, diversification des publics, nouvelle attractivité : l’apprentissage connaît une transformation profonde depuis la réforme de 2018. Longtemps perçu comme une voie de formation initiale, il devient aussi une seconde chance pour les jeunes sortis du système éducatif. La Génération 2017 en témoigne, avec des reprises d’études en alternance plus tardives mais plus nombreuses, souvent pour décrocher une certification ou se réorienter. Si la logique de pré‑recrutement s’efface, l’apprentissage continue d’offrir un avantage net à l’insertion et dans l’accès à un emploi stable. À partir de l’enquête 2023 auprès de la Génération 2017, ce Céreq Bref dresse un portrait de ces reprises d’études post‑2018.
Conçue pour faciliter l’adaptation à l’évolution des métiers et des besoins en compétences, la loi « Liberté de choisir son avenir professionnel » du 5 septembre 2018 réforme en profondeur les cadres de la formation continue, de l’Assurance chômage et de l’apprentissage. Avec l’objectif de faciliter le recours à ce mode de formation, la loi en remanie le mode de financement, dérégule l’offre de formation, reporte à 29 ans l’âge limite d’entrée en apprentissage, flexibilise le cadre légal du contrat de travail, créé un nouvel opérateur de régulation avec France compétences. La mise en place progressive de ces mesures est percutée par le plan « 1 jeune, 1 solution » lancé à l’été 2020 pour faire face à la crise sanitaire, qui révise la norme des aides financières aux employeurs d’apprentis en instaurant une aide exceptionnelle (5 000 euros pour les mineurs, 8 000 pour les majeurs). Ces différentes évolutions incitatives entrainent une massification de l’apprentissage : le seuil symbolique des 500 000 apprentis fixé en 1993 est dépassé pour la première fois en 2020 ; 878 600 nouveaux contrats sont signés durant l’année 2024 contre 317 300 en 2018. Cette dynamique de croissance est particulièrement marquée dans l’enseignement supérieur : 62 % des contrats signés en 2023 visent des formations au‑delà du bac ; cette part était de 56 % en 2020, de 39 % en 2018 et de 25 % en 2010 [1]. Si les jeunes sortis du système éducatif en 2017 (Génération 2017) n’ont pas pu bénéficier au cours de leur formation initiale de ces transformations de l’apprentissage, ils sont parmi les premiers à pouvoir le faire dans le cadre d’une reprise d’études. Réinterrogés en 2023, ces jeunes témoignent d’une mobilisation renouvelée de l’apprentissage.
- Des reprises d’études en apprentissage décalées et plus massives à partir de 2020
- Seconde chance, poursuite d’études, validation d’une certification reconnue à visée professionnelle
- Un recul prononcé de l’embauche dans l’entreprise de formation
- L’apprentissage confirme ses plus-values en matière d’insertion
- Conclusion
- Pour en savoir plus
- Le Débrief du Bref
- Supplément numérique
Des reprises d’études en apprentissage décalées et plus massives à partir de 2020
Parmi les jeunes initialement sortis du système éducatif en 2017, 22 % ont repris au moins une fois des études au cours de leurs six premières années de vie active, tout mode de formation confondu, et 30 % d’entre eux l’on fait en apprentissage (soit 7 % de la Génération).
Cette modalité de formation a été de plus en plus mobilisée en reprise d’études entre septembre 2018 et l’automne 2023. Si 3 000 contrats d’apprentissage ont été signés dans le cadre d’une reprise d’études entre septembre et octobre 2018, ce nombre atteint 6 350 contrats sur la même période de 2019, date de la mise en place progressive de la réforme. La dynamique se renforce avec le plan « 1 jeune, 1 solution » de juillet 2020, et ce sont quelque 9 000 nouveaux contrats qui sont conclus sur les deux mêmes mois de 2020. Ainsi, pour les jeunes de la Génération 2017, la majorité des reprises d’études en apprentissage (68 %) ont lieu plus de trois ans après la sortie des études ; pour les jeunes ayant achevé leurs cursus de formation en 2010 (Génération 2010), 70 % des reprises d’études en apprentissage avaient eu lieu durant les trois premières années.
Ce caractère décalé dans le temps et plus intense en fin de période apparaît d’autant plus spécifique à la Génération 2017 que les reprises d’études hors apprentissage se font majoritairement dans les trois premières années de vie active et sur un rythme assez similaire entre les deux Générations.
Enfin, si la loi de 2018 avait comme idée‑force le principe « des entrées et sorties permanentes », la saisonnalité de la signature des contrats perdure : 70 % des reprises d’études en apprentissage débutent en effet entre août et octobre (contre 45 % des reprises hors apprentissage), sans doute en lien avec une sur‑représentation de certifications professionnelles en apprentissage relevant du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Enseignement supérieur (voir infra).
Seconde chance, poursuite d’études, validation d’une certification reconnue à visée professionnelle
Une modélisation « toutes choses égales par ailleurs » permet de dégager les facteurs qui concourent à une reprise d’études en apprentissage dans la dernière cohorte : avoir arrêté ses études pour résultats insuffisants ou refus dans une formation ; avoir rencontré des difficultés d’insertion. À l’opposé, avoir atteint le niveau de formation souhaité ou vouloir entrer dans la vie active diminuent la probabilité d’un retour en formation. Si ces facteurs influent autant sur le fait de reprendre hors ou en apprentissage, la probabilité d’un recours à l’alternance est spécifiquement majorée pour les jeunes ayant au moins un parent d’origine étrangère [7] ; au contraire, elle est minorée pour les sortants du supérieur.
Pour autant, on relève que 47 % des jeunes de la Génération 2017 qui reprennent des études en apprentissage sortent de formations du supérieur, contre seulement 30 % pour la Génération 2010, progression nettement plus importante que dans le cas des reprises d’études hors apprentissage (+ 5 points). Plus encore, l’objectif diffère entre reprises en et hors apprentissage. Les premières visent, pour la grande majorité, un diplôme de l’Éducation nationale (EN) ou un diplôme d’État, avec une appétence renforcée du public issu du supérieur ; les secondes visent plutôt un titre professionnel.
Tous niveaux de sortie confondus, une partie des reprises en apprentissage pour un diplôme de l’EN s’inscrit dans une logique de poursuite d’études pour obtenir un diplôme de niveau supérieur à celui de la classe de sortie : c’est le cas de 32 % des reprises de sortants du supérieur et de 47 % de celles des sortants du secondaire. Il s’agit alors pour ces derniers de viser majoritairement un diplôme du supérieur, le plus souvent un BTS. Une part non négligeable des reprises par apprentissage (trois sur dix) vise aussi une formation de niveau équivalent à celui de la classe de sortie. Il peut alors s’agir de jeunes qui n’avaient pas obtenu leur diplôme de sortie en formation initiale, mais aussi de jeunes qui cherchent à se former plus spécifiquement à un métier. En effet, une grande partie de ces reprises, comme de celles qui convoitent l’obtention d’un diplôme de niveau inférieur à la classe de sortie, portent sur des formations professionnelles : bac pro ou CAP pour les sortants du secondaire, BTS ou licence pro pour ceux du supérieur.
Enfin, force est de constater que ces reprises d’études en apprentissage aboutissent plus souvent à l’obtention de la certification préparée, notamment pour les sortants du supérieur, et ce, quelle que soit la nature de la certification.
Ces constats témoignent des opportunités spécifiques proposées par l’apprentissage à partir de la réforme de 2018, même si tous les obstacles ne sont pas levés [2]. Au-delà d’une seconde chance en formation, la reprise d’études en apprentissage offre aussi la possibilité de valider une certification reconnue à visée professionnelle pour une reconversion de métier avant d’avoir atteint 30 ans, dans un cadre qui permet en même temps de réaliser ou de conforter une décohabitation familiale, une prise d’autonomie grâce au salaire d’apprenti ou au statut social associé [3].
Un recul prononcé de l’embauche dans l’entreprise de formation
La meilleure insertion professionnelle des jeunes sortant de formation en apprentissage est souvent associée à la possibilité qu’ont les apprentis d’être embauchés dans l’entreprise d’accueil à la fin de la formation. L’examen du taux de maintien dans l’entreprise de formation dessine plusieurs singularités pour la Génération 2017. D’abord, ce taux est plus faible dans le cas des reprises d’études en apprentissage que dans le cas d’un apprentissage en formation initiale ; pour les sortants de la Génération 2010, ces taux étaient au contraire similaires. Toujours pour la Génération 2017, si ce faible taux de maintien à l’issue d’une reprise d’études concerne les sortants du secondaire comme du supérieur, le recul par rapport à la Génération 2010 est plus important pour les seconds. Au total donc, l’avantage au maintien dans l’entreprise de formation, très marqué pour les formations du supérieur pour la Génération 2010, s’est quasiment effacé pour la Génération 2017.
Le fait de garder (ou pas) les apprentis à l’issue de la formation relève, de la part des entreprises, de stratégies complexes [4]. Pour la Génération 2017, la reprise d’études se réalise dans un contexte de massification d’une offre de formation en apprentissage, notamment dans le supérieur. Un faible taux de maintien dans l’entreprise de formation peut suggérer une capacité affaiblie des marchés internes à pouvoir absorber ce volume important de jeunes du supérieur, fussent-ils formés par l’entreprise. Parce que la réforme de 2018 et le Plan « 1 jeune, 1 solution » ont « facilité » et réduit les coûts et les risques de la mobilisation de l’apprentissage, certaines entreprises ont pu surdévelopper [5 et 6] des stratégies fondées sur des effets d’aubaine qui ne s’inscrivent pas forcément dans une logique de pré-recrutement [7]. Côté jeune, ne pas rester dans l’entreprise de formation peut traduire le choix de mieux valoriser, dans une autre entreprise, les compétences acquises durant cette alternance [8]. Plus largement, on peut aussi envisager une évolution de la fonction attribuée à l’apprentissage : être, plus que par le passé, une période de formation et moins souvent une phase de pré-recrutement.
L’apprentissage confirme ses plus-values en matière d’insertion
Ce moindre maintien dans l’entreprise de formation des sortants de la Génération 2017 n’obère pas nécessairement leur insertion professionnelle. Parmi les jeunes ayant repris des études en apprentissage et non maintenus (ou non restés) dans l’entreprise de formation, 7 sur 10 sont en emploi 6 mois après la fin de la dernière séquence de reprise d’études, pour les sortants de formations du secondaire comme du supérieur. Ce taux n’était que de 48 % pour la Génération 2010, avec par ailleurs, une nette différence selon le niveau de formation : 35 % pour les sortants de formations du secondaire, 75 % pour les sortants de formations du supérieur. Cette singularité de la Génération 2017 doit se lire à l’aune d’une réalité spécifique : une embellie économique prolongée jusqu’en 2023. Au contraire, pour les jeunes de la Génération 2010 qui concentrent leurs reprises d’études en 2011 et 2012, leur arrivée sur le marché du travail se réalise dans le contexte dégradé et tendu de la longue phase de récession post-crise des subprimes de 2008.
Il reste que les plus-values de l’apprentissage sur l’insertion dans la vie active, bien repérées pour les sortants de formation initiale [9 et 10], sont tout aussi manifestes dans le cadre d’une reprise d’études : 76 % des jeunes de la Génération 2017 dont la dernière reprise d’études était en apprentissage sont en emploi 6 mois après la fin de cette reprise d’études ; cela ne concerne que 63 % de ceux dont la dernière reprise n’était pas en apprentissage. Être en emploi à durée indéterminée (EDI) caractérise alors 53 % des ex-apprentis contre 34 % des ex-scolaires (voir encadré 3).
Au regard de la situation économique favorable sur la période 2018-2023, il semble logique que la qualité de l’insertion soit meilleure pour la Génération 2017 par rapport à la Génération 2010, y compris à l’issue d’une reprise d’études en apprentissage. Cependant, en comparant la situation des ex-apprentis à celle des jeunes ayant choisi une autre filière de retour en formation, on doit noter, toutes choses égales par ailleurs, qu’avoir mobilisé l’apprentissage dans le cadre de la reprise d’études apporte en 2017 des plus-values plus importantes qu’en 2010 dans l’accès à un emploi stable (EDI).
Ces résultats sont nuancés selon le niveau de sortie de formation initiale : les sortants du supérieur qui ont repris des études en apprentissage bénéficiaient déjà dans la Génération 2010 d’un avantage pour accéder ensuite à un emploi ; ils le conservent dans la Génération 2017. Pour ces jeunes, les situations d’emploi sont néanmoins moins fréquentes en 2017 qu’en 2010, quel que soit le mode de reprise. Ceux qui y parviennent sont en revanche plus souvent en EDI qu’auparavant, et la plus-value d’un passage par l’apprentissage se maintient entre les deux Générations. Pour les sortants d’une formation du secondaire, les bénéfices du passage par l’apprentissage en termes d’accès à l’emploi et, a fortiori d’accès à un emploi stable, se révèlent bien plus favorablement discriminants dans la Génération 2017 que dans celle de 2010 où les ex-apprentis étaient un peu désavantagés pour accéder à un emploi. Dès lors, les jeunes sortis en 2017 d’une formation du secondaire profitent plus du recours à l’apprentissage dans le cadre d’une reprise d’étude que ceux issus d’une formation du supérieur, à l’inverse de ce qui était observé pour les sortants de la Génération 2010.
Conclusion
Les jeunes de la Génération 2017 qui reprennent des études sont parmi les premiers à pouvoir bénéficier de l’appel d’air initié dans l’écosystème de l’apprentissage par la réforme de 2018 et les mesures d’aides financières du plan « 1 jeune, 1 solution » de juillet 2020.
La dynamique des reprises d’études en apprentissage pour les jeunes de la Génération 2017 est plus tardive comparativement à ceux de la Génération 2010 et s’intensifie à partir de l’année 2020, notamment pour les sortants de formations du supérieur.
Pour la Génération 2017, l’apprentissage en reprise d’études confère, tout autant qu’en formation initiale, des avantages vis-à-vis de la qualité de l’insertion, en renforçant de manière significative l’accès à un emploi et à un emploi à durée indéterminée. Et même si le taux de maintien dans l’entreprise de formation recule pour les reprises d’études de la dernière cohorte par rapport à la Génération 2010, l’employabilité des apprentis mobiles n’est pas démentie.
Dans le contexte actuel d’évolutions conséquentes du cadre de l’apprentissage, tant du côté des primes aux employeurs que de la rémunération des apprentis, ou encore du niveau de prise en charge des frais de la formation pour les CFA, l’appétence pour la mobilisation de l’apprentissage dans un parcours de reprise d’études sera à réexaminer pour apprécier si les plus-values constatées sont confirmées.
Pour en savoir plus
[1] Depuis 2018, l’apprentissage s’ouvre massivement aux formations du supérieur et des services, E. Jounin, G. Ndao, W. Thao Khamsing, A. Domps, Formations et emploi, Insee Références Édition 2025.
[2] L’alternance, un plus pour les jeunes des QPV, à condition d’y accéder, E. Personnaz et A.F.W. Sawadogo, Céreq Bref no 455, 2024.
[3] L’alternance : un tremplin pour l’autonomie ?, Céreq Bref no 468, O. Joseph, 2025. .
[4] L’embauche (ou pas) des apprentis par l’entreprise de formation : les enseignements de l’enquête EFE 2021, L. Lercari, M; Toutin-Trelcat, Céreq Études, à paraître (2026).
[5] Formation professionnelle en entreprise, la France se distingue de ses voisins européens, A. Checcaglini et I. Marion-Vernoux. Céreq Bref no 450, 2024.
[6] Comment les entreprises ont-elles formé en 2020 ?, S. Rosa, I; Marion-Vernaux, A. Checcaglini, M-A. Estrade, Notes d’études n° 6, France compétences, 2023.
[7] L’apprentissage après la réforme de 2018 : nouveaux acteurs, nouveaux défis, B. Cart, et M. Toutin-Trelcat, Céreq Bref no 462, 2024
[8] La mobilité professionnelle des apprentis et ses effets salariaux. Les enseignements de l’enquête Génération 2004, B. Cart et A. Léné, Économie et Statistique, no 471, 2014.
[9] Actes des 2èmes Rencontres DGEFP – Céreq, T. Couppié, C. Gasquet et D. Brochier, Céreq, 2021.
[10] Débuter en CDI : le plus des apprentis, T. Couppié et C. Gasquet, Céreq Bref, no 406, 2021.
Le Débrief du Bref
Supplément numérique
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Citer cette publication
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APA
Lercari, L., Toutin-Trelcat, M., et Gourvennec, J. (2025). L’apprentissage, tremplin des reprises d’études depuis la réforme de 2018, Céreq Bref, (480). https://www.cereq.fr/apprentissage-reprises-etudes-reforme-de-2018
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MLA
Lercari, Lola, Marie-Hélène Toutin-Trelcat et Jules Gourvennec. «L’apprentissage, tremplin des reprises d’études depuis la réforme de 2018». Céreq Bref, n° 480, 2025, p. 1-4. https://www.cereq.fr/apprentissage-reprises-etudes-reforme-de-2018.
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ISO 690
LERCARI, Lola, TOUTIN-TRELCAT, Marie-Hélène et GOURVENNEC, Jules, 2025. L’apprentissage, tremplin des reprises d’études depuis la réforme de 2018. Céreq Bref, 2025, n° 480, p. 1-4. https://www.cereq.fr/apprentissage-reprises-etudes-reforme-de-2018

