Céreq Bref, n° 485, Mai 2026, 4 p .

Changer de voie, compléter son parcours : quand les jeunes retournent aux études

Publié le
19 Mai 2026

Entrer dans la vie active ne signifie plus tourner définitivement la page des études. Parmi les jeunes sortis de formation initiale en 2017, un sur cinq obtient un nouveau diplôme ou un titre professionnel dans les six premières années de vie active. Qu’ils visent à rattraper un échec scolaire, à progresser dans sa carrière ou à engager une réorientation, ces nouveaux diplômes permettent souvent de monter en qualification et d’améliorer l’accès à l’emploi. Mais leurs bénéfices varient fortement selon les parcours. À partir des données de l’enquête Génération, ce Céreq Bref met en lumière la diversité des logiques et des effets des certifications obtenues selon l’origine sociale, les niveaux de formation et les expériences scolaires antérieures.

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La France est historiquement marquée par une forte valorisation de la formation initiale. En comparaison d’autres pays européens [1], les trajectoires d’études y sont plus souvent linéaires et dominées par l’enjeu d’obtenir le diplôme final le plus rapidement possible, marquant l’entrée dans la période d’insertion professionnelle. Dans ce contexte, la question de l’orientation apparait comme un enjeu majeur des parcours [2], dont les reprises d’études ne constituent pas a priori une étape classique. Or les enquêtes Génération mettent clairement en évidence un essor du phénomène depuis une vingtaine d’années, à tous les niveaux de diplôme [3]. S’appuyant sur les données de l’enquête 2023 auprès de la Génération 2017 (cf. Encadré 1), cette étude s’intéresse au profil des jeunes qui obtiennent un nouveau diplôme ou titre professionnel 1 au cours des premières années suivant leur sortie du système éducatif, et aux effets de celui-ci sur l’insertion professionnelle.

Parmi l’ensemble des jeunes sortis de formation initiale en 2017, 6 % obtiennent un titre professionnel et 16 % un nouveau diplôme au cours des six années suivantes. Pour obtenir ce nouveau diplôme, 28 % ont suivi une formation en alternance (soit plus qu’en formation initiale où 24 % des enquêtés sortaient en 2017 d’une formation en alternance), 63 % une formation hors alternance (établissement scolaire, cours du soir, etc.) et 9 % n’ont pas suivi de formation (Validation des acquis de l’expérience, etc.). L’obtention des diplômes s’échelonne tout au long des six ans d’observation, avec un pic au cours des deux dernières années (67 % des nouveaux diplômés).

 
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    * Le titre professionnel est une certification d’État élaborée et délivrée par le ministère du Travail, attestant que son titulaire maîtrise les compétences, aptitudes et connaissances permettant l’exercice d’un métier spécifique. Il s’obtient par la formation professionnelle, par la validation des acquis de l’expérience (VAE) et par apprentissage.

Une Génération de plus en plus diplômée au fil des années

Grâce à ces nouvelles certifications acquises, le niveau d’études des jeunes s’élève. En six ans, la part de diplômés de l’enseignement supérieur augmente et passe, avec les nouveaux diplômes obtenus, de 47 % à 51 % des enquêtés (cf. Encadré 2), et même à 52 % lorsque l’on tient compte également des titres professionnels obtenus sur la même période. Quant à la part des non-diplômés de l’enseignement secondaire, elle passe de 12 % à 10 % des enquêtés et même à 9 % quand l’on tient compte des titres professionnels. L’échec dans l’enseignement secondaire et supérieur observé à la première sortie de formation initiale est ainsi réduit lorsque l’on considère le diplôme finalement obtenu par ces mêmes jeunes quelques années plus tard.

 

Des retours aux études très dépendants du parcours scolaire initial

Le parcours scolaire de l’individu est ce qui joue le plus dans la probabilité d’obtenir un nouveau diplôme post-formation initiale. Les jeunes les plus concernés sont ceux n’ayant pas obtenu le diplôme préparé en fin de formation initiale (échec à l’examen ou interruption précoce du cursus), ceux pour qui celui-ci a davantage le statut de diplôme intermédiaire orienté vers la poursuite d’études que de diplôme professionnalisant orienté vers l’insertion, et ceux ayant été contraints d’arrêter leurs études en raison de difficultés personnelles ou d’une poursuite empêchée (refus dans une formation, résultats insuffisants, formation éloignée du domicile, etc.). On retrouve la même logique pour les titres professionnels (cf. Encadré 4).

Les jeunes les plus enclins à obtenir un nouveau diplôme sont ceux ayant quitté l’enseignement supérieur sans diplôme (« non-diplômés du supérieur », 26 % contre 11 % des diplômés du supérieur), suivis par les diplômés de licences générales littéraires (24 %) puis par les jeunes sortis juste après l’obtention de leur baccalauréat général ou technologique (23 %) et ceux sortis sans diplôme de l’enseignement secondaire (19 %). Les non-diplômés du supérieur et les diplômés de bac+2 sont les plus nombreux à préparer ce nouveau diplôme en alternance. Ces résultats se retrouvent à caractéristiques (personnelles et de par- cours sur le marché du travail) égales par ailleurs. La spécialité de formation a également son importance, y compris à profil égal par ailleurs : les jeunes issus de spécialités tertiaires ou littéraires obtiennent plus souvent un nouveau diplôme que ceux issus des spécialités industrielles ou scientifiques. À l’inverse, c’est plus rare parmi les diplômés d’une école de commerce (7 %) ou d’ingénieurs (5 %) ainsi que pour les autres diplômés de niveau bac+5 ou de niveau bac+2/3/4 en santé social (9 %) – diplômes aux conditions d’insertion particulièrement favorables.

 
 

Les jeunes d’origine sociale favorisée et les femmes davantage représentés

À caractéristiques égales par ailleurs, les jeunes issus de milieux favorisés 1 ont plus de chances d’obtenir un nouveau diplôme dans leurs six premières années de vie active que ceux issus d’un ménage à dominante employée, et davantage encore que les jeunes issus des milieux les moins favorisés. Pour ces derniers, plusieurs facteurs peuvent jouer en leur défaveur : auto-censure, moindre soutien de la famille pour financer un retour aux études, réticence plus grande à cause de mauvaises expériences scolaires, etc. D’autres travaux ont en effet montré l’importance du financement et des interactions avec les autres sphères de la vie que peut avoir une reprise d’études dans les parcours [4]. Les femmes et les personnes vivant seules ou en colocation et sans enfant ont également une probabilité plus élevée, même lorsqu’on l’estime à profil, parcours scolaire et premiers pas sur le marché du travail similaires.

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    ** Origine sociale des jeunes définie selon la PCS ménage de l’Insee : les millieux favorisés désignent les ménages avec deux parents cadres, à domnante cadre et à dominance intermédiaire.

Des nouveaux diplômes de niveaux plus élevés et dans un domaine différent

Le nouveau diplôme permet d’élever le niveau atteint à la fin des études pour plus de la moitié des jeunes concernés (57 %) ; dans 25 % des cas il est de niveau équivalent, et pour 18 % des jeunes il est de catégorie inférieure. On retrouve ici les résultats issus de l’enquête Génération 2010 à 5 ans [5] : dans la majorité des cas, les reprises d’études effectuées en début de vie active visent à compléter le parcours scolaire initial par un nouveau diplôme situé à l’échelon directement supérieur dans la hiérarchie scolaire. À profil égal par ailleurs, l’élévation du niveau de diplôme concerne plus souvent ceux n’ayant pas atteint le niveau souhaité à leur sortie de formation en 2017. Le nouveau diplôme obtenu constitue ainsi certainement une validation ou une poursuite de la formation préparée en 2017.

Seuls 40 % des jeunes jugent que leur nouveau diplôme relève du même domaine que celui du dernier diplôme préparé en formation initiale, 21 % qu’il s’agit au contraire en partie d’une réorientation professionnelle, et 39 % d’un changement total d’orientation. À profil égal par ailleurs, un diplôme dans le même domaine concerne plutôt les jeunes n’ayant pas obtenu en 2017 le diplôme préparé. Exception à souligner, les non-diplômés de l’enseignement supérieur sont les plus nombreux à déclarer un changement d’orientation professionnelle partiel (26 %) ou total (52 %).

À profil égal par ailleurs, les jeunes dont le plus haut niveau de diplôme en 2017 est d’une spécialité scientifique ou industrielle, ont plus de chances que leur diplôme post-formation initiale soit de niveau équivalent à celui détenu en 2017, et qu’il corresponde à une réorientation partielle ou totale.

En revanche, le type de diplôme visé (niveau et changement d’orientation) semble moins influencé par les caractéristiques des jeunes (pas d’effet de l’origine sociale et du genre).

Des nouveaux diplômes qui s’inscrivent dans des logiques différentes

Il n’y a pas un seul parcours professionnel conduisant à l’obtention d’un nouveau diplôme en début de vie active. À profil égal par ailleurs, les jeunes les plus enclins à obtenir un nouveau diplôme (plus souvent de niveau supérieur), sont ceux ayant passé leurs six premiers mois de vie active dans une situation majoritairement hors de l’emploi, de la recherche d’emploi ou de la formation (c’est-à- dire en inactivité, service civique, démarches de création d’entreprise, etc.). Ils sont suivis par ceux ayant été majoritairement en emploi sur cette période. Les jeunes ayant débuté une formation pour obtenir leur nouveau diplôme étaient, pour 55 % d’entre eux, en emploi trois mois avant (dont 62 % en emploi à durée déterminée), pour 25 % en recherche d’emploi, pour 8 % dans une autre formation et 12 % dans une autre situation (d’inactivité notamment).

Les logiques de reprises d’études sont par conséquent différentes selon les difficultés d’insertion professionnelle rencontrées par les jeunes en début de vie active, et leur scolarité antérieure : il peut s’agir par exemple de progresser dans une carrière déjà amorcée, ou d’améliorer son employabilité. Cinq grandes logiques de reprise d’études peuvent notamment être isolées (cf. Encadré 5) : les réorientations, avec (35 %) ou sans (25 %) progression du niveau d’études initial, les progressions de niveau sans réorientation (9 %), le niveau égal ou inférieur sans réorientation (14 %), ou la finalisation d’un parcours initial interrompu trop tôt et sans l’obtention du diplôme visé (17 %). 

Les jeunes des logiques « finalisation du parcours » et« réorientation avec progression de niveau » sont les plus nombreux à indiquer avoir arrêté leurs études en 2017 en raison de résultats insuffisants pour continuer dans la filière souhaitée, et pour raisons personnelles ou familiales (environ un tiers des jeunes pour chacun de ces deux motifs) ; seul un quart d’entre eux a arrêté en ayant atteint le niveau de diplôme souhaité. À l’opposé, la logique « niveau égal ou inférieur sans réorientation » semble réunir les jeunes les plus nombreux à avoir arrêté leurs études en 2017 par choix : 84 % car ils avaient atteint le niveau de diplôme souhaité et 86 % par souhait d’entrer dans la vie active.

Effet du nouveau diplôme sur le parcours professionnel

La comparaison de la situation professionnelle avant et après l’obtention du diplôme post-formation initiale (cf. Encadré 1) met en évidence des évolutions variées : seuls 14 % des jeunes restent dans le même emploi, 32 % ont changé d’emploi, 25 % obtiennent un emploi alors qu’ils n’en avaient pas, 11 % passent d’une situation d’emploi à du non-emploi (recherche d’emploi, formation ou autre situation) et enfin 18 % restent dans une situation de non-emploi.

Les apports du nouveau diplôme diffèrent en fonction des cinq logiques évoquées précédemment, et de la situation dans laquelle se trouvait l’individu avant cette obtention. En effet, les jeunes avec un nouveau diplôme dans le même domaine et de niveau inférieur ou égal à celui détenu en formation initiale (logique n° 4), étaient le plus souvent déjà diplômés de niveau bac+5 ou plus (deux sur cinq), et en emploi (79 %) avant l’obtention du nouveau diplôme. Ils sont les plus nombreux à rester dans cet emploi (37 %) par rapport aux jeunes des autres logiques. L’effet recherché pour ce nouveau diplôme pourrait ainsi être une amélioration des conditions d’emploi ou un changement de métier au sein de la même entreprise. À l’inverse, les jeunes des logiques n° 3 (progression de niveau sans réorientation, plus souvent des sortants directement après le baccalauréat ou des diplômés de bac+2 à 4 en 2017) et n° 2 (réorientation de niveau équivalent ou inférieur dont un sur 5 était déjà diplômé de bac+5 et plus en 2017) sont les plus nombreux à changer d’emploi quand ils en avaient un (près des deux tiers des jeunes en emploi) et à trouver un emploi quand ils n’en avaient pas (plus de 70 % dans ce cas). Les jeunes de ces trois logiques sont ainsi près de neuf sur dix à être en emploi après leur nouveau diplôme, soit une grosse progression pour les diplômés de la logique n° 2 (réorientation de niveau équivalent ou inférieur) qui n’étaient que 55 % dans ce cas avant la reprise d’études. Ces nouveaux diplômes semblent ainsi avoir un effet bénéfique sur leur parcours professionnel, même si ces premiers constats devront être approfondis en regardant la qualité des nouveaux emplois obtenus.

Les jeunes ayant fait une réorientation avec élévation du niveau acquis (logique n° 1) sont les plus nombreux à quitter leur emploi sans en avoir un nouveau. Ils sont ainsi 14 % à être en recherche d’emploi et 13 % en formation (contre respectivement 10 % et 4 % de l’ensemble des jeunes ayant obtenu un nouveau diplôme). Enfin, les jeunes de la dernière logique (« finalisation du parcours ») sont les plus nombreux à passer de l’emploi vers la recherche d’emploi, et lorsqu’ils n’étaient pas en emploi, à rester dans la même situation. Ils sont ainsi les plus nombreux à être en recherche d’emploi (17 %) après la diplomation. Pour ces deux logiques, correspondant aux jeunes n’ayant souvent pas obtenu le diplôme préparé en 2017 (en premier lieu les non-diplômés du secondaire et du supérieur), plusieurs hypothèses : un effet du nouveau diplôme peut-être moins favorable que pour les autres logiques, des emplois visés plus difficiles à obtenir, ou encore un délai d’observation de 6 mois après la diplomation trop court pour observer des bénéfices sur l’accès à l’emploi.

Conclusion

L’obtention assez fréquente d’un nouveau diplôme ou d’un titre professionnel peu de temps après la sortie du système éducatif illustre une élévation progressive du niveau de qualification des jeunes et apparait répondre à des logiques variées avec des effets contrastés sur l’insertion professionnelle. Ce phénomène est d’autant plus remarquable que cette étude ne prend pas en compte d’autres formes de certifications (habilitations, CQP…) et toutes les tentatives d’obtention inabouties ou encore en cours. L’acquisition d’un diplôme post-formation initiale apparait plus inégalement accessible que les titres professionnels, et ne constitue donc pas une seconde chance pour tous. Les inégalités selon l’origine sociale soulignent la nécessité de mettre en place des soutiens financiers pour les reprises d’études, en tenant compte des profils et des situations variés des demandeurs et des logiques de leur reprise d’études. Il sera intéressant d’étudier également les reprises d’études qui n’ont pas abouti, l’échec pouvant être une conséquence d’inégalités non visibles dans cette analyse.

En savoir plus

[1] « Eurostudent VII (2018-2021). Conditions de vie et d’études des étudiants en France et ailleurs en Europe avant la pandémie de
Covid-19 », O. Ferry, OVE Infos, n° 47., 2023.

[2] « Les voies de l’autonomie : les jeunes face à la crise en Europe », C. Van de Velde. Regards, 48 (2), 2015.

[3] « Reprises d’études en début de vie active : acquérir un diplôme reste le Graal », A. Robert, Céreq Bref, n° 396, 2020. 

[4] « Reprendre des études : une affirmation de soi en tant qu’adulte », I. Borras, N. Bosse, N. Nakhili, A. Robert, dans : Chemins vers l’emploi et la vie adulte : l’inégalité des possibles, Céreq Essentiels n° 4, 2022. 

[5] « Retours précoces sur la voie des diplômes : vers une formation " tout au long du début de la vie " ? » V. Mora, A. Robert, Céreq Bref, n° 360, 2017.

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