Impact des transformations numériques

Former, enseigner et apprendre à l’ère des intelligences artificielles

Journée Vincent Merle 2026 - Intelligence artificielle

Le Céreq est partenaire des Journées Vincent MERLE, dont la cinquième édition a été consacrée aux transformations des pratiques d’éducation, de formation et d’orientation dans le monde des Intelligences Artificielles (IA). Coordonné par Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine, cet événement a rassemblé un large public de chercheurs, professionnels de l’éducation, acteurs de la formation, de l’orientation et de l’emploi. Les différents intervenants ont partagé leurs travaux, expériences et réflexions sur l’impact de l'IA, puis analysé les enjeux et débattu du futur. Le comité scientifique de ces journées était présidé par Josiane VERO, économiste au Céreq et David MELO, professeur des universités en sociologie à l’Université Savoie Mont Blanc.

Évènement5es Journées Vincent Merle : Former, enseigner et apprendre dans le monde des IA
Date 24 et 25 mars 2026
LieuCentre Vincent MERLE, Pessac (33)
PartenairesRégion nouvelle-Aquitaine, Centre de recherche en droit Antoine Favre - Université Savoie Mont Blanc, Université de Bordeaux, CNRS, Orseu, Lest,  France compétences, Fred, Céreq
Ressourceshttps://pro.cap-metiers.fr/les-5es-journees-vincent-merle-24-et-25-mars-2026/  (Diaporamas et vidéos à venir)

 

Quatre narratifs pour penser l’IA au travail, selon Yann FERGUSON 

L’essor de l'IA dite "générative" avec l’irruption de ChatGPT le 30 novembre 2022 et sa diffusion rapide dans les usages domestiques et professionnels produisent des récits divers qui participent aux utopies et dystopies entourant les technologies. Les études, analyses, avis d'expert se multiplient et bien souvent, se contredisent. 

Pour tenter d'apporter de l'ordre et une prise de hauteur, Yann FERGUSON sociologue, et directeur scientifique du LaborIA, propose quatre narratifs pour lire l'IA au travail. 

  • Le premier, darwinien, voit une force qui s’impose d’elle-même : l’humain doit s’y adapter. 
  • Le second, prométhéen, fait de l'IA une promesse d’émancipation, capable de soulager l’humain des tâches pénibles et de libérer du temps utile. 
  • Le troisième, taylorien, insiste sur l’envers du décor : intensification, contrôle, dépossession et recomposition des métiers au profit du capital.
  • Le quatrième, habermassien, défend une voie délibérative, où l’on fixe collectivement les usages, les garde-fous et les finalités. 

Les résultats observés sont plus nuancés que les discours. L’IA transforme progressivement les organisations, surtout via des usages opportunistes et souvent cachés (Shadow AI), tandis que les gains de productivité restent modestes et inégalement distribués. L’IA progresse d’abord sur les tâches cognitives, la recherche d’information, la rédaction ou la synthèse, mais crée aussi des risques de biais, de fuite de données, de délestage cognitif et d’inégalités d’accès. D’où une même conclusion : l’enjeu n’est pas seulement technique, il est aussi social, managérial et politique.

RéférenceLa présentation de Yann FERGUSON "Quand l'intelligence se met au travail"
Référence 
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Intervenants et animationYann FERGUSON

 

 

Une "learning expedition" dans la Jungle des IA 

Catherine MOUGIN et Ludovic MESSINGER (3E innovation) ont proposé une learning expedition dans jungle des IA. En deux heures, cette expérience a proposé une exploration collective et interactive des IA pédagogiques, à partir de Toucania, le guide dans la jungle des IA pédagogiques. Au-delà des outils, l’atelier a interrogé l’impact de l'IA sur la relation entre professionnels et apprenants : rôles, posture, autonomie, confiance, feedback. Les participants ont expérimenté un test de maturité IA, exploré des outils existants, et débattu collectivement des choix pédagogiques. Un temps pour prendre du recul, partager les pratiques et clarifier sa posture de pédagogue à l’ère de l'IA.

Référence La présentation de Catherine MOUGIN et Ludovic MESSINGER "Larelation pédagogique à l'épreuve de l'IA
Intervenants et animationCatherine MOUGIN, Ludovic MESSINGER, Nicolas FARVAQUE

 

Les Organismes de Formation face à l’IA : l’heure des usages, pas encore celle du cadre 

L’intelligence artificielle a cessé d’être un horizon lointain pour devenir un outil du quotidien dans les organismes de formation, mais son intégration reste inégale. L’enquête de Stratice, menée auprès de 664 formateurs et 1 110 apprenants, montre des usages surtout individuels et spontanés : chez les formateurs, rédiger, reformuler, approfondir ou corriger plus vite ; chez les apprenants, comprendre, réviser et produire. Jean-Luc PLEUVRIER, Président de Stratice et président du comité experts d’AINOA (ex FFFOD - association professionnelle de référence sur la formation digitale et l’innovation pédagogique), souligne l’accélération des usages. Dans ce paysage, les inquiétudes se déplacent vers les biais, la protection des données et la qualité pédagogique. D’où l’appel, d’Aurélia BOLLE, déléguée générale d’AINOA pour des cadres communs, une montée en compétences et des usages responsables. Matthieu GARCIA MESA et Valérie ROUSSEL-CASTELLA, représentants du collectif Plume et alternative RH – organisme de formation, voient émerger une nouvelle manière de travailler, où l'IA peut soutenir l’ingénierie pédagogique, mais au prix d’une vigilance accrue sur les données, la qualité et la gouvernance. Au fond, Stratice défend une même ligne : accompagner la transformation plutôt que la subir, avec des usages encadrés, utiles et adaptés aux métiers de la formation.

Référence 
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Intervenants et animationAurélia BOLLE, Nicolas FARVAQUE, Matthieu GARCIA MESA, Jean-Luc PLEUVRIER, Valérie ROUSSEL-CASTELLA, Aline VALETTE-WURSTHEN


Formateurs et enseignants face à l’IA : entre promesse d’appui et besoin de règles 

L’IA générative s’est imposée à grande vitesse dans les usages pédagogiques, souvent par surprise. Elle sert d’abord à produire, reformuler, résumer ou corriger, mais elle révèle aussi ses limites : biais, erreurs, hallucinations, dépendance à des modèles opaques. Dans l’enseignement supérieur comme dans la formation, l’enjeu n’est plus seulement d’utiliser l'IA, mais de construire des cadres d’usage clairs. Pour Laurent SIMON, professeur des Universités en informatique, l'IA générative marque un seuil historique. Née dans les années 1950, elle a vraiment changé d’échelle avec les grands modèles de langage, capables non seulement de traduire, mais surtout de produire du texte à partir de corrélations massives. Son apport est réel, mais il reste lié à des systèmes probabilistes, donc imparfaits, biaisés et difficiles à maîtriser pleinement. Fatima AÏT-SAÏD, Inspectrice Générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGESR) insiste sur un point central : l'IA modifie déjà le rapport au savoir, à l’évaluation et à la relation pédagogique. Elle n’efface pas l’humain ; elle oblige au contraire à redonner toute sa place à l’esprit critique, à la compréhension minimale du fonctionnement des outils et à une gouvernance claire fondée sur l’éthique, la souveraineté des données et des règles partagées. Céline GOFFETTE, consultante en communication scientifique, présente une mise en œuvre très concrète à Strasbourg, (IDEX) dans un écosystème souverain pour accompagner les étudiants en master de recherche, sécuriser les données et faire de l'IA un « sparring partner » plutôt qu’un substitut au travail intellectuel. Enfin, Éric BRUILLARD, professeur en Sciences de l’éducation et spécialiste de l’utilisation des technologies informatiques dans l’éducation et la formation rappelle que l’enjeu n’est pas seulement individuel, mais collectif. Il plaide pour des usages accompagnés, une distinction nette avec l’utilisation ponctuelle solitaire, et un travail de formation qui dépasse la simple maîtrise du prompt. Pour lui, l'IA doit devenir outil utile, mais jamais un substitut à l’apprentissage, au jugement ni à la responsabilité pédagogique.

Référence 
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Intervenants et animationFatima AÏT-SAÏD, Éric BRUILLARD, Céline GOFFETTE, Laurent SIMON, Sébastien THIERRY


L’IA verte à l’épreuve du réel 

L’IA dite verte promet beaucoup, mais la table ronde a rappelé combien cette promesse repose sur un socle matériel lourd et souvent occulté. Lucie SZTEJNHORN sociologue et doctorante de Université de Technologie de Compiègne (UTC), retrace comment l’idée d’une IA au service de la transition écologique s’est imposée, puis incarnée dans des formations, des diplômes et des politiques publiques. Le récit s’est construit par étapes : d’abord l’illusion d’un numérique invisible dans les années 1990, puis la prise de conscience de ses effets ambivalents dans les années 2000, avant le choc des alertes sur son empreinte environnementale. Face à cette montée des doutes, la crédibilité d’une IA verte est mise en question. Olivier MICHEL, Professeur d'informatique à l'UPEC, rappelle que le numérique, réduit à ses datacenters, terminaux et réseaux, repose sur une matérialité lourde, des minerais rares aux déchets mal recyclés. Son diagnostic est sans détour : la croissance actuelle du numérique n’est pas soutenable. Les intervenants insistent alors sur la nécessité de politiser les orientations technologiques et d’explorer des voies de sobriété. Une IA réellement durable suppose des choix collectifs, une limitation aux seuls usages essentiels et des actions concrètes. Entre effets rebond, greenwashing et promesses de bien commun, une idée domine : une IA durable ne se décrète pas.

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Référence Socioecos 2024: Climate change, sustainability and socio-ecological practices » Article écrit par E. FRENKIEL et O. MICHEL dans les Actes de la Colloque Socioecos 2024
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Intervenants et animationOlivier MICHEL, Frédéric NEYRA, Lucie SZTEJNHORN 

 

Quand l’IA s’invite dans l’orientation 

L’orientation, déjà marquée par des inégalités sociales, territoriales et de genre, voit désormais l'IA transformer ses pratiques. Promettant de simplifier l’accès à une information souvent complexe, l'IA interroge : saura-t-elle prendre en compte les histoires et aspirations des jeunes, lutter contre l’autocensure, éviter les influences extérieures ? Pour Olivier SIDOKPOHOU, directeur général de l’Onisep, le service public doit garantir transparence et maîtrise des usages, sans déléguer l’orientation à des systèmes opaques. L’IA, dit-il en substance, peut apporter une première réponse, mais ne doit pas se substituer à l’accompagnement humain ni masquer ses biais. Corinne LAFFITE, directrice de Cap Métiers, souligne de son côté la prudence d’un opérateur de l’information qui n’est pas un prescripteur d’orientation : chez Cap Métiers, l'IA reste un assistant de recherche, utilisé sans renoncer au papier, aux mises en situation et à la diversité des supports. À l’inverse, Thibaut ARNOULT, Président de THOTIS (média pour aider les jeunes dans leurs choix d'orientation), assume, lui, une logique plus offensive. Avec THOTIS, plateforme gratuite qu’il a co-fondée, il propose des outils pour aider les jeunes dans leurs choix d’orientation, du lycée à l’insertion professionnelle : aide à la rédaction de lettres et CV, préparation du Grand oral, prédicteurs d’admission, vérificateur de diplômes et outils dédiés à Parcoursup ou Mon Master. Entre vigilance, souveraineté et efficacité, le débat dessine une orientation augmentée, mais encore disputée. 

Intervenants et animationThibaut ARNOULT, Thierry BERTHET, Corinne LAFFITE, Olivier SIDOKPOHOU, Ellen THOMPSON

Éric SADIN face à l’intelligence artificielle, une critique de la déprise humaine 

Figure de la critique la plus radicale de l'IA, Éric SADIN, philosophe, spécialiste des technologies numériques, refuse les narratifs dominants de l’adaptation, de l’émancipation ou même de la délibération. Il défend une forme d’objection de conscience, au nom d’un refus individuel et collectif de participer à une évolution jugée incompatible avec l’humanisme et la responsabilité écologique. Sa thèse est nette : l'IA générative ne relève pas d’une simple avancée technologique, mais d’une rupture anthropologique. En produisant langage, images et raisonnements, elle installe anti-langage, i.e le thanatologos, qui affaiblit le rapport au savoir, à la création et à nous-mêmes. L’école est, à ses yeux, en première ligne : il y voit un risque de désaffection du travail intellectuel, de délestage cognitif et de rupture entre enseignants et élèves. Il dénonce aussi un capitalisme linguistique où des machines, sous des dehors empathiques, orientent les conduites et les jugements. Face à cette dynamique, il appelle à réveiller le discernement et à organiser des formes de résistance.

Référence 
Intervenants et animationÉric SADIN, Pascal CAILLAUD

Le site des Journées Vincent MERLE


 Visuel : CAP Métiers Aquitaine, Journées Vincent MERLE 2026

Citer cet article

Former, enseigner et apprendre à l’ère des intelligences artificielles, https://www.cereq.fr/ia-intelligence-artificielle-pedagogie